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HISTOIRE
LA PEINTURE SUR VERRE
HISTOIRE
DE LA
PEINTURE SUR VERRE
eomonn LEVY, oe rouen
ARCRITECTE, LAURÉAT DE L'ACADÉNEE ROTALE DE BELGIQUE ET MEMBRE DE PLOSTEURE FOCLÉTÉS SAVANTES
AVEC PLANCHES PAR J.-B. CAPRONNIER
PEISTRE VERRIER DE DRUZELLES
PUBL SOUS LE PATRONAGE DE 5. M LB ROIZ DRS PERCET
жеті а өшікті 1% accertes La pinicace
ЕТ AVEC L'APPROBATION DE L'AUTONITÉ SUPÉRIBURE ECCLÉSASTIQUE
BRUXELLES TIRCHER, IMPRIMEUR-LIBRAIRE, RUE DE L'ETUVE, 20
1860
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Les еб encouragements jie Leite „уме et dy «ене жж” Matson Royale “ руме donnatend hy лав пута ale ER де шн Фа, еп ctnantd de ЛЛУ, «е mmagnifigucs вол ds principales 4%” а ftps, avant vichuicusement combaltee «Тиеш» “уне ботен
entacrnee, fer ls еее che 4 Teintuve sue Vise «иде peidus.
Жие fe ones «Тебе vois olie branche ое путу сав ds Ahana- 20, e feriment sconde par MM. Capronnier e Tircher, per dae “э SG? | four ye б “ее теайта бекеті «аба endedgrremen ts hens
da connaissance da / е леве de сєз auvics «гей б snnts à уе
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Cate Жұ а daigné encoutager smes Же en m aceotdant Cinsigne honneur de Se faute ее".
Laisse cel our соно au développement de ta Keintue sur Verse ape ж
cl se montier абас digne da haut /абомаре de Vehe Abas. учу y
Jai l'honneur dite avec la plas рота reconnaissance, Sie 44 Lote оров. 4 plus respectueux ed @ plas «бесве de ses жаладан.
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EDMOND LEVY.
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ENGELBERT STERCKX
Par 1а miséricorde de Dieu, Cardinal-Prétre de la Sainte-Eglise Romaine, du Titre de 8t-Barthélémi
en l'Ile, Archevéque de Malines, Primat de la Belgique, Grand-Cordoo de l'Ordre de Léopold,
Nous avons fait examiner l'ouvrage intitulé ; Histoire de la Peinture sur verre, par Ермохь LEVY, architecte, professeur d'archéologie, sous le patronage de Sa Majesté LEOPOLD ГЕ, Roi des Belges, el, sur le rapport qui nous en а été fait, nous constatons avec bonheur que Fauteur а religieusement rempli ses promesses. ЇЇ disait dans son Introduction, page IV; « Le chrétien plein du zèle de sa reli- » gion, l'archéologue désireux de connaitre la société d'autrefois, et l'artiste qui » veut savoir comment on s'est trompé et par quelles voies on est parvenu à » Жһешгенх résultats, tous trouveront dans cette étude des enseignements et des » jouissances. Fort de cette conviction, nous avons pensé que nous devions tout !
» d'abord faire comprendre à nos lecteurs cette importance de la peinture sur
» verre, au triple point de vue de la Religion, des Arts et de l'Histoire. |
» Ce programme » dit le rapport « a élé consciencieusement exécuté. Quant à n
» de faire un tableau plus vrai et plus saisissant de la grande et salutaire in- п fluence que le catholicisme n'a cessé d'exercer sur cette forme de l'art dans » nos religieuses contrées. »
Après cette approbation si honorable pour l'auteur, nous appelons l'attention des hommes de l'art sur son important ouvrage, et nous permettons volontiers qu'il paraisse avec l'approbation ecclésiastique de l'Archevêché de Malines.
Malines, 47 вой 1859.
J.-B. VAN HEMEL, Vic. Gén.
LISTE ALPHABÉTIQUE
DES SOUSCRIPTEURS A L'HISTOIRE DE LA PEINTURE SUR VERRE.
S. M. LE ROI DES BELGES. 5 exemplaires. 5. А. А. M" LE DUC DE BRABANT. S. A. В. M" LE COMTE DE FLANDRE.
8. Е. А. Mer LE CARD, ENGELBERT STERCKX, archevéque de Malines, Primat de Belg. 8. б. Mgr GASPAR-JOSEPH LARIS, évèque de Tournai, |
8. М. L'EMPEREUR DES FRANCAIS (Ministère d'Etat. } 10 ex, 8. M. LE ROL DE DANEMARK {Bibliothèque de Copenhague} S. M. LE ROI DE PRUSSE (Musée royal d'Autiquités, à Berlin.) 8. M. LE ROI DES PAYS-BAS (Bibliothèque royale.)
ACADÉMIE royale des Beaux-Arts d'Anvers.
de Bruges. de Bruxelles, de Gand.
de Liege.
ADAM, banquier, à Bruxelles,
AVANZO, libraire, à ёде, 5 ex.
BAILLIÈRE, libraire, à Londres. 3 ex.
BAILLY-BAILLIERE, libraire, à Madrid. 3 «x,
BALAT, architecte, à Schaerbeek.
BAUD, libraire, й Lyon, 45 ех,
BAUDOIN, directeur de l'Hôpital militaire de Bruxelles.
BEAUFFORT (Сомте A.-L.-L, px}, à Bruxelles.
BEAUFFORT (Dec ps), à Bruxelles.
BERNARD, peintre sur verre, à Rouen.
BETHUNE {Masques M.-G.-A,-A. ра), а Bruxelles.
BIBLIOTHÈQUE de la Chambre des Représent.
— de la ville du Havre,
- de l'Univ. de Gand.
de Lidge.
d'Upsal (Suède).
BIBLIOTHEQUE du Cercle artistique, à Bruxell, - publique de la ville d'Anvers. d'Arlon. de Bruges. - de Hasselt,
- — de Mons. - royale de Bruxelles. BLACKWELL, ecclésiastique, à Londres. BLUFF, libraire, à Bruxelles, 2 ех. BOENEN, juge d'instruction, à Anvers. BOISSON, à Saint-Etienne (France). BONAERT (Binoy), à Bruxelles. BONSTETTEN (Banos рк), à Bruxelles, BORRANI et DROZ, libraires, à Paris, 2 ех. ROSQUET, rentier, à Bruxelles. BOSSANGE et fils, libraires, à Paris, 9 ex BRAURE (СнахогхЕ), secrétaire de lévéché, à Arras. BRISSART-BINET , libraire, à Reims. BUISSERET (Banos ne), à Bruxelles. BUISSERET DE BLARENGHLEN (Cours pr).
de Namur.
| | | |
BUYS, docteur en médecine, à Bruxelles.
CARELS , libraire, à Amsterdam, 2 ex.
CASTERMAN , libraire, à Tournai,
CASTIAUX, libraire, à Lille.
CELS, architecte, à Bruxelles.
CLUYSENAEN, architecte, à Bruxelles.
CLUZEL, 4 Ssint-Pétersbourg.
COCHARD, libraire, au Havre. 2 сх.
COMBARD, peintre sur verre, à Pontivy (France.
COMMISSION royale des monuments, à Brox.
COPONAT , à Lyon.
COSTA (Manquis ve}, à Chambéry.
COUVREUR , peintre sur verre, à Amicus.
CULOT , architecte, à Bruxelles.
DAMINET (Banos Е.), bourgmestre d'Enghien.
DEBORDES, frères, peintres sur verre, à Lyon.
DECQ, libraire, à Bruxelles, 2 ех.
DE DECKER, chanoine du chapitre de l'église de Saint-Bavon, à Gand.
DEKEYSER, peintre d'histoire, à Anvers.
DE LAGAYE, à Montpellier,
DE LACOSTE, membre de la Chambre des Re- présentants, à Bruxelles,
DELPORTE, notaire, à Bruxelles.
DEMAN, architecte, à Ixelles,
DEMANET, licutenant-colonel du génie, à Brox.
DEQUANTER , à Jolimont,
DESOER , libraire, à Lidge. 2 ех.
DEVILLERS, adjoint à la Bibliothèque et aux Archives de Mons.
DE VROOM (Me үе), imprimeur, à Bruxelles.
HE WITTELEER, peintre, 5 Bruxelles.
DIDRON, libraire, à Paris,
MERCKX, artiste-peintre, à Anvers.
DOBBELAERE, arliste-peintre, à Bruges.
DOUGLAS HAMILTON (Docersss), à Bruxelles.
DROUIN, peintre sur verre, à Rouen,
DUFAY-ROBERT, libraire, à Troyes.
DUGNIOLLE (Jules,)
DULAU ct С», libraires, а Londres. 5 ех.
DUMONT, architecte, à Bruxelles.
DURAND, libraire, à Paris.
DUTERTRE (М0), libraire, à Marseille.
— EISEN'S, libraire de S. M. le Roi de Prusse, à Col. > 7 43 EVALDRE, printre sur verre, à Lille. \ л» Э) АЎ, М ATAD — —
LISTE ALPHABETIQUE DES SOUSCRIPTEURS.
FENCHERE, à Nimes.
FORTAMPS , Président du Tribunal de com- merce, à Bruxelles.
FRITZE, b Stockholm,
FUSSELL, ecclésiastique, à Londres,
GAUSSER, à Troyes,
GESTA, à Toulouse.
GISLER, à Ixelles.
GOMAND, propriétaire, à Ixelles,
GONET, libraire, à Nancy.
GOUSSARD (l'abbé), peintre sur verre, à Con- dom (Gers).
GRANDANA, fils, à Gênes.
HEMPTINNES (ns), à Bruxelles.
HEUSSNER, libraire, à Bruxelles,
HONER, peintre sur verre, à Nancy.
HOOGEN, à Bruxelles,
HOORICKX, à Bruxelles.
HORNE (Coure ne), à Bruxelles,
HOSTE, libraire, à Gand, 2 ех.
HUART, curé-doyen d'Enghien.
HUGEWILS, directeur de l'École de 1а ville n° б, à Bruxelles.
HUYTENS (Сявтамев), à St-Josse-ten-Noode.
ISSAKOFT, libraire, à Saint-Pétersbourg. 2 ex.
JANSSENS, architecte, à Bruxelles.
JONET, fabricant, à Соз м.
JOOSSENS, architeele, à Ixelles.
КАЕСКЕХВЕЕСК , avocat pròs la cour d'appel, à Bruxelles.
KERKOVE {Vicomte Evo. ne), envoyé extraor- dinaire et ministre pléniput, de $. M, le Sultan, à Madrid.
KROGH, % Mascau.
KULCHEBECKER, peintre sur verre, au Mans.
LAJARD, négociant, è Bordeaux,
LAVERGNE , architecte, à Louvain.
LERRUMENT, libraire, à Rouen.
LECOCQ, peintre sur verre, à Guingamp.
LEFEBVRE, conseiller à la cour de Cassation.
LEROUX, libraire, è Namur,
LEROY et Cie, libraires, à Paris. 2 ex.
L'ÉVÊQUE, peintre sur verre, à Beauvais.
LIEDEKERKE- REAUFFORT (Coure А. рк), membre de la Chambre des Représ , à Bruxelles,
LIEUZÈRE, peintre sur verre, à Bordeaux. LOOS, bourgmestre d'Anvers, membre de la Ch. des Représentants. LUESEMANS (ок), bourgmestre de Louvain, LYSENS, à Anvers. MAKAIRE et DETEULL, libraires, à Marseille. MANCEAUX, fils, libraire, à Anvers, MARETTE, peintre sur verre, й Evreux. MARGHIERL, libraire, à Naples, 2 ex. MARTIN, à Avignon. MATHIEU, ancien représentant, à Bruxelles. MAUVERNAY, à Saint-Galimier. MELINE, CANS et Ci, libraires, à Brux, 4 ex. MELOT , architecte, à Bruxelles. MERA, consul de Belgique, à Avignon. MERODE (Caure Féis ок), à Bruxelles, MERODE-WESTERLOO (Cowrs ре), à Brox. MEYERS, lieutenant-colonel, directeur de la divi- sion du génie ou département de la guerre. MINISTÈRE de la Justice. — de l'intérieur, H ех. — des Travaux publies. (М. Grenon, chef de division). MOLEMBAIX (Banonse ve). MOREAU, propriétaire, à Bruxelles. MOREL ct Ch, libraires, à Paris. 52 ex. MOREL, peintre-décorateur, à Abbeville. MOULINS, peintre sur verre, à Dreux. MOULLOS, peintre sur verre, à Grenoble, MUQUARDT, libraire, à Bruxelles, 7 ex. MUSÉE des Arts et de l'Industrie, à Bruxelles. — royal d'Antiquités, d'Armures et d'Artil- lerie, à Bruxelles, NEGRETE, ministre du Mexique près 8, M. le Roi des Belges, à Bruxelles, NUYXTS, à Anvers. NYHOFF, libraire, à la Haye, OBERT DE THIEOSLES (Vicours), à Bruxelles. OLIN, négociant, à Bruxelles. PARLER, à Safard, PARTOES, architecte, à Bruxelles, PAVOT, architecte, à Bruxelles. PEIFFER, libraire, à Nancy. PEROT, à Bruxelles, PERRIN, libraire, à Lidge, 3 ex.
LISTE ALPHABÉTIQUE DES SOUSCRIPTEURS.
PEUTHY (Banos px), à Broxelles. PIFTEURS (ов) UIEGAERTS, à Zepperen. POWELL, à Londres.
PROMSY, à Bruxelles.
QUARRE, libraire, à Lille,
RIBAUCOURT (Comtesse гв), à Bruxelles,
RICORDI ct JOUHAUD, à Florence,
RIGAL, peintre sur verre, à Beziers.
RIMWALD, libraire, à Paris.
ROBERTI, artiste-peintre, à Bruxelles,
SAMSON et WALLIN, à Stockholm,
SAPIN, général-major.
SCHNEE, libraire, à Bruxelles, 16 ex.
SCHOUMAEKER, propriétaire, à Bruxelles,
SÉBILLE (ря), à Bruxelles.
SEGHERS, curé de l'église do Don-Secours.
SEMBACH, à Lacken.
SIMONIS, statuaire, à Koekelberg.
SPINET, libraire, à Enghien.
SPLINGAN, ingénieur des ponts et chaussées, à Laeken,
STOCUOVE, propriétaire, à Bruges.
STOOP, architecte, à Anvers.
SUYS, architeete, à Bruxelles,
THEIS (Banos ne), consul gin. de France à Gênes.
TORFS, сиге de la paroisse de Lacken.
TOUSSAINT, avocat, au Havre,
URSEL (ouc »'}, à Bruxelles.
VALLARDI, libraire, à Paris.
VALLEZ, directeur du Collége de l'Union, à Ixelles.
VANCAULAERT, libraire, à Bruxelles,
VAN DEN BERGHE, à Bruxelles.
VAN DEN BOGAERDE, propriétaire, à Bruges.
VAN DEN BURCH, ancien officier d'ordonnance de 8, M, le Roi des Belges.
VAN DER KOLK, morchand d'estampes, à Bru- xelles, 2 ex, ы
VAN DER STRAETEN, bourgmestre à Ixelles.
VAN DER STRATEN-PONTHOZ {Cours L.), à Bruxelles.
VANDEWEYER, envoyé extraordinaire et mi- nistre plénipotentiaire de $. М. le Roi des Belges près 5. M, In Reine d'Angleterre, à Londres.
VAN MEENEN, ancien président de la Cour de cassation, à Bruxelles.
Bay —
J VAN LERIUS, à Anvers. | VELLEMAN, propriétaire, à Gand.
Aer instance, à Bruxelles. | VENT, pasteur, à Bruxelles. | VERDAGUER, à Barcelone.
LISTE ALPHABÉTIQUE DES SOUSCRIPTEURS.
VAUTIER 11.11, vice-président au Tribunal de
VERMEULEN, à Malines.
VILLABOA (М. G. ок), représentent du Gou- vernem. d'Espagne au Congrès des Beonomistes de Bruxelles, 2 Madrid,
VILLIEZ, peintre sur verre, à Bordeaux.
WAROCQUIE, industriel, à Mariemont.
a
$ |
tre, INTRODUCTION,
Prima сари radios vitreis оешма fenestris, i Artifictsque mana elausit in orce diem, | Carsibus auroræ vagn lex laqaearia complet, | Atque sais rodiis et sine sobe micat. | + Роктсатов, epise. pielav, de Eestes. Paris. lib. 2.
quelque point de vue qu'on étudie la pein- і ture sur verre, partie essentielle et in- | time de поз basiliques romanes ou go- | thiques, et l'une des créations les plus remarquables du moyen âge, son his- toire présente toujours un grand et puis- sant intérêt. Le chrétien plein du zèle de sa religion, l'archéologue désireux de | connaitre la société d'autrefois, et Гаг- | liste, qui veut savoir comment on s'est | trompé et par quelles voies on est par-
venu à d'heureux résultats, tous trouve- |
ront dans cette étude des enseignements |
Í Celte lettre est tirée d'on ё iai “4 . e Я шш де бои аза du ХІ зі, ot des jouissances,
Forts de cette conviction, nous avons pensé que nous devions , tout d'abord, faire com- prendre à nos lecteurs cette importance de la peinture sur verre, au triple point de vue de la religion, des arts et de l'histoire.
Considerce au point de vue religieux, la peinture sur verre s'est développée sous l'in- fluence du christianisme. Elle а reçu pour mission d'exposer et de propager les faits et même les dogmes les plus révérés. Respectée quand l'Église était respectée, elle a ensuite
ж subi les mêmes perséeutions, sans compter qu'elle s'est vu dénaturer aux époques où le Сї siècle égaré perdait le sens religieux.
| | |
INTRODUCTION.
Lorsque le christianisme sortit glorieux de ses demeures souterraines pour régner dé- finitivement sur le monde, il fallut ériger des églises et les décorer de manière à satisfaire aux besoins nouveaux et à répondre aux idées nouvelles. C'est alors que l'art chrétien, qui déjà s'était formulé dans les catacombes , apparut au grand jour; et dans quelles condi- tions? Les arts étaient en pleine décadence , il n'y avait plus ni goût, ni talent, ni habileté chez les artistes, il n'y avait plus rien que l'ignorance et la barbarie! Mais le christianisme ne s'arrêta pas à ces éléments de détails qu'il dominait de toute la hauteur de sa doctrine, il ne demanda aux arts qu'une seule chose, c'était de comprendre et de rendre sa pensée, quelque informe que fat le trait.
De tous les arts appelés à décorer les sanctuaires nouveaux, celui du mosaïste s'était le mieux conservé. Mais la mosaïque paienne s'était souillée par la reproduction des scènes scandaleuses du paganisme, el, pour arriver à faire partie de la grande unité chrétienne , elle devait commencer por se purifier et par se transformer. Elle était lourde et opaque, elle devint quelque chose, tout à la fois disphane, brillant et presque immatériel. Aupar- avant elle rampait à terre, dès lors elle s'élança aux fenêtres , et, splendide vitrail, illumina la basilique de ses mille reflets.
Les verrières des premières églises n'étaient en effet composées que de lames de difé- rentes couleurs, assemblées de manière à offrir des combinaisons ingénieuses où la croix dominait toujours. Bientôt cette mosaique se perfectionna, les personnages y apparurent, les sujets les plus édifiants de l'iconographie chrétienne vinrent les orner, et la pein- ture sur verre commença à se constituer comme art. Dans le principe, elle est timide et ne рагай pas se douter de ce qu'elle peut; mais dès les premiers siècles du moyen âge elle fait un pas décisif en Occident, où elle abandonne peu à peu les types immuables de l'art byzantin pour adopter un genre plus libre, plus varié, plus approprié aux pays divers; puis élargissant sa sphère religieuse , elle ne se contente plus des sujets bibliques, elle fait des excursions dans les légendes, et enfin elle imagine les scènes instructives d'un symbo- lisme légèrement voilé; il en résulte que, tandis qu'en Orient l'art s'immobilise, en Occi- dent, au contraire, il progresse sous l'influence des différentes époques, dont il reflète puissamment l'esprit et le caractère.
Jusqu'au XIV: siècle, la peinture sur verre suit, sans dévier, la voie qui lui a été tracée dès le berceau. D'abord, fille de l'intelligence et du progrès, elle tend sans cesse à perfec- tionner ses œuvres, sous le rapport du modelé et des procédés mécaniques; ensuite, com- pagne inséparable de la religion, elle nous offre les plus belles pages de l'enseignement chrétien. Le ХШ" siècle assiste à son développement le plus complet, le plus rationnel, le plus heureux. Avec quel bonheur on trouve dans toutes les œuvres de cette époque la pensée religieuse, tantôt présentée sans voile, tantôt symboliquement écrite dans ces pages diapbanes, et constituant toujours une prédication puissante qui frappe l'esprit par les
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INTRODUCTION. vu
yeux! Ош, quand toute cette société, si neuve aux émotions, si disposée à recevoir l'im- pression religieuse, se trouvait devant ce vitrail où la vivacité des couleurs s'animait des tons d'un soleil étincelant, alors elle croyait assister à l'une de ces visions que les saints recevaient, dans leur solitude ou dans leurs plus grandes infortunes, comme récompense de leur persévérante résignation. L'incorrection du dessin, la gaucherie naive des person-
| | | | | |
і et de touchant à la composition religieuse.
nages, loin de nuire à l'effet, semblaient au contraire ajouter quelque chose de simple
| Pourquoi la peinture sur verre n'a-t-elle pas toujours suivi cette voie, la seule qui pat la conduire au but sacré de sa eréalion? Dès qu'elle s'écarte de l'esprit de l'Église dans les tendances de ses œuvres, elle est frappée de stérilité. Alors, semblable au peuple israélite ! qui tombe dans l'avilissement et l'oppression, le jour où il abandonne son Dieu, cet art marche rapidement vers sa chute, et tous les perfectionnements, apportés dans la pein- ture, ne peuvent l'arrèter dans ses écarts.
Lorsque la foi ardente du ЖШ siècle s'attiédit dans les époques suivantes, la verrière
subit aussi sa transformation et devient mondaine; oubliant qu'elle doit enseigner le peu-
ple en lui traduisant sous une forme sensible les dogmes de la religion, elle trahit et abandonne son divin maitre pour se faire la vassale complaisante des princes et des grands seigneurs. Ces magnifiques parois transparentes, jadis uniquement consacrées à Dieu, se couvrent d'armoiries et ne forment plus que des tables généalogiques, où les grands | personnages du siècle s'étalent avec tant d'ostentation que l'on se demande s'ils n'ont pas cru honorer l'Église en y venant ainsi se faire représenter. |
Au ХУІ siècle, la peinture sur verre est complétement détournée de son but religieux, le mal s'est accru dans une progression effrayante, il est devenu sans remède, et cependant nous sommes au plus brillant moment de la peinture. Jamais le dessin ne fut plus habile, jamais les couleurs ne furent mieux comprises, ni plus harmonieuses, ni plus éblouissantes.
| C'est la belle époque de la renaissance, c'est l'époque des Albert Dürer, des Jean Cousin, des Angrand le Prince, des Bernard de Palissy, des Lucas de Leyde, des Van Coxie, des Bernard Van Orley. Mais, hélas! on est forcé de le reconnaitre, les verrières dessinées et peintes par ces grands maitres orneraient mieux les fenêtres d'un palois ou d'un musée | que celles d'un temple saint.
| Aussi au XVII: siècle, l'art de la peinture sur verre agonise. Au ХУШ, il est l'objet du | plus complet abandon. A la fin de ce dernier siècle cependant, la voix éloquente d'un illustre écrivain plaida sa cause. Mais cette voix, quelque convaincue, quelque pressante qu'elle fat, resta sans écho. Si Pierre Levieil échoua dans sa tentative de restauration d'un 4 art qu'il cultivait lui-même, c'est qu'il ne saisit pas le caractère essentiellement reli- a м 22 gieux que devait revétir la verrière dans l'Église, cest qu'il ne put, ne le soupronnant 2/3
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(5: st TS oy w INTRODUCTION. ts © pas lui-même, faire comprendre le rapport intime et indispensable du vitrail à l'église, il СІ пе cherchait à réhabiliter la peinture sur verre que comme art, et l'Académie des inserip- | tions et belles-lettres Іші répondait que les peintres devaient choisir, pour dessiner leurs ta-
|
| bleaux, des corps moins fragiles que le verre. Tant il est vrai qu'on ne voyait plus la | destination du vitrail peint; on ne remarquait pas que, placé aux fenêtres d'un édifice | religieux, il perdait l'inconvénient de sa fragilité pour profiter de l'avantage de son incor- ruptibilité! 11 faut dire aussi que le siècle de Louis XV n'était guère en état d'apprécier la nécessité de restaurer les églises, et surtout les églises gothiques.
C'est au XIX” siècle qu'était réservé l'honneur de restituer à la peinture sur verre ses procédés propres et en même temps son esprit vrai et son caractère réel, La restauration de cet art devait suivre naturellement celle de l'architecture ogivale. On comprit tout | ce que les basiliques du moyen âge renfermaient de majestueuse grandeur et de parfaite harmonie avec la foi chrétienne, et on rendit au style gothique la justice qu'il méritait. ! On пе pouvait dès lors négliger la réhabilitation des vitraux, gracieuse parure des églises
ogivales.
| Nous verrons, en étudiant les œuvres modernes, que nos peintres verriers d'aujourd'hui se sont placés plus haut qu'à aucune autre époque, autant par le charme et l'esprit reli- | gieux de ‘leurs savantes compositions que par les riches et harmonieuses couleurs de leurs | vitraux. | Cette histoire sera utile aussi au peintre verrier, Car il ne faut pas croire que la pein- | ture sur verre a toujours été s'améliorant d'après la grande loi de toutes les choses de | ce monde; que le travail d'un siècle était toujours dépassé en mérite par celui du siècle sui- | | vant; que les procédés ont toujours marché vers la perfection. Ce serait là une grande
|
erreur. Quelquefois des inventions trop préconisées ont fait croire qu'elles permettraient ! de s'affranchir de telle entrave fort heureuse; et il а fallu longtemps pour qu'on s'apereüt ! qu'on se fourvoysit, il а fallu qu'on fat arrivé à quelque chose d'outré, de choquant; l'in- vention des émaux fit penser qu'on allait pouvoir peindre sur une surface diaphane comme sur une toile; qu'il ne serait plus nécessaire Тәрепсег péniblement des morceaux de verre de couleur différente, qu'on pourrait se dispenser d'employer les plombs, et qu'on ne
| quants. I] fallut du temps pour qu'on s'apereût que les émaux, dtant au verre sa trans- parence, rendaient le dessin obscur et confus; il en fallut pour comprendre que les plombs forment souvent des lignes heureuses, utiles dans ces grandes peintures, destinées à être
verrait plus courir dans un vitrail ces lignes noires produisant quelquefois des effets si eho- vues de loin, et ayant besoin d'être énergiquement accentuées ; qu'il ne s'agit que de | savoir mener heureusement ces liens métalliques en les faisant passer là seulement où une k ligne forte devient nécessaire, En attendant, l'usage des émaux ne devait avoir lieu que a
40] d'une manière trés-sobre jusqu'au moment où Гоп aurait trouvé le moyen de rendre trans-
_——— =“,
INTRODUCTION. x
parent le verre une fois émaillé; question encore controversée el que nous nous proposons d'examiner dans cet ouvrage.
Pour revenir d'erreurs embrassées avec tant d'enthousiasme , il fallait à l'art une grande force. П ne l'eut pas. Il s'était perverti dans son esprit; il avait oublié sa mission; et, comme nous l'avons dit précédemment, au lieu de chercher à rappeler les saints person- nages dont le nom est une pensée religieuse, dont la vie est une édification, les peintres verriers, désertant Dieu pour le monde et ses pompes, ne s'étaient occupés qu'à représen- ter les grands du siècle, posés dans tout leur orgueil, avec leur généalogie; l'artiste, au lieu de s'inspirer de la Bible et des pieuses légendes, n'allait plus étudier que des armoi- ries. Le vitrail, ainsi compris, devint une affaire de mode, et, détourné de son but, il fut abandonné comme un sanctuaire profané, jusqu'à ce que le temps eût permis une nouvelle cons¢eration.
Ainsi, l'histoire des vitraux peints n'est autre chose qu'une suite d'écueils, où Гоп est venu tomber successivement : écueils sous le rapport des procédés; écueils sous le rapport de l'esprit plus ou moins religieux qui préside à ces compositions. H faut donc un enseigne- ment du passé pour éclairer l'avenir, pour empécher les mêmes fautes, pour faire servir l'expérience des erreurs, et cela d'autant mieux que plus d'un siècle nous sépare des der- niers peintres sur verre. Nous assistons à une renaissance, il faut la guider, si l'on ne veut pas qu'elle recommence toutes les bévues des temps précédents.
D'ailleurs, rien ne varie plus que l'emploi des procédés chez les peintres verriers; celui-ci emploie les émaux avec leur défaut, celui-là les exclut, un autre s'en sert avec avantage, Comment reconnaitre ce qu'il у a de mieux, si ce n'est par une histoire raisonnée des différents modes ?
Souvenons-nous aussi que longtemps la peinture sur verre a été un art entouré de secrets impénétrables. Chacun avait sa manière propre, son procédé à lui seul connu. C'est juste- ment à се moment qu'ont été faits les vitraux les plus dignes d'être admirés. Les artistes d'aujourd'hui ont done besoin d'un ouvrage où sera recueilli tout ce qui a pu être décou- vert de ces époques mystérieuses.
Tout en descendant dans ces détails, nous aurons de grandes questions à traiter. Ainsi, la peinture sur verre a disparu pendant longtemps; c'est à l'histoire de dire pourquoi cela est arrivé, si c'est parce que la peinture sur verre est blämable en elle-même, parce qu'elle est inutile, ou bien si c'est parce que, comme nous l'avons déjà fait pressentir, tout en étant une chose excellente, elle a faussé son esprit et s'est écartée de sa route; il s'agit donc de justifier ou de condamner la peinture sur verre; de dire si c'est une raison pro- fonde qui Га ressuscitée, ou simplement un caprice.
De nos jours, le peintre sur verre ne peut plus, comme autrefois, ignorer l'his- toire de son art. Auparavant l'artiste suivait le mode, les procédés, le style de son
— — —
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INTRODUCTION.
siècle et n'en suivait jamais d'autre; avait-il une réparation à exécuter dans une verrière ancienne? il refaisait, à la manière de son temps, ce qui avait été fait en la manière toute | différente d'un temps plus reculé. Aujourd'hui il est appelé à un rôle plus élevé, plus
intelligent et plus savant. Il doit savoir restaurer, et cacher parfaitement sa façon mo- | derne pour revélir celle du maitre qu'il retouche; il faut que dans ce travail il satisfasse le | goût des hommes les plus instruits dans les arts anciens; puis comme l'architecture actuelle admet tous les styles, élève des édifices dans le genre de telle ou telle époque antique, il s'ensuit que le peintre verrier de nos jours doit savoir n'être au besoin qu'un peintre du
| ХУ", ou du ХІУ", ou du XII siècle, sans jamais laisser percer le peintre du NIX" siècle.
| Or une fois que le rôle devient si difficile, où l'étudier si ce n'est dans l'histoire de l'art
lui-mème? Entreprendre un tel enseignement n'est certainement pas un léger travail. Nous
déclarons que nous l'avons senti. Mais ce qui nous а soutenu dans notre projet, сезі la con- | ception de toute l'utilité qu'il peut avoir. | |
|
| Notre but est aussi de donner la foi à l'artiste verrier , et de l'empêcher de se livrer au
| désespoir au milieu d'indifférents qui lui diraient de briser sa palette. Car ne nous faisons | ! | 1 !
pas illusion, on ne croit pas à l'art du peintre verrier; bien des gens encore пе semblent
| у voir qu'un mélier; montrons qu'il у a là, réellement, un art ayant ses traditions, ses | grands hommes et aussi ses martyrs; élevons-lui un piédestal, et prouvons que, pour | les diflicultés comme pour la grandeur des résultats obtenus, il est au moins égal à la | peinture sur toile, que de grands peintres ont été de cet avis et qu'après s'être illustrés | | par la peinture à l'huile, ils ont voulu briller aussi par la peinture soumise aux hasards de
| la cuisson.
| Puissent nos faibles facultés ne pas tromper nos vues et nous permettre d'accomplir | | notre tâche! Des fastes vont être ouverts à tous ceux qui auront la louable envie de
créer, pour la génération actuelle, de ces admirables pages qui ornent les fenétres de nos églises. |
Nous voulons appeler dans cette carrière de la peinture sur verre les jeunes peintres qui s'écrient que toutes les issues du temple de la gloire sont fermées, qu'il y a trop d'ar- | listes distingués, que les bouches de la renommée, déjà occupées раг tant de noms, ne | peuvent plus en proclamer d'autres, et qu'il y a plus de bons peintres que de gens riches pour payer leurs travaux. Voici une voie nouvelle qui s'ouvre pour le talent. Grâce aux | guerres qui ont aflligé l'humanité pendant un quart de siècle, grace surtout aux actes de | vandalisme d'une barbarie impie, le peu de monuments anciens qui ont survécu à toutes сез catastrophes, ont perdu la lumière chatoyante de leurs anciens vitraux; presque tous réclament la main habile de peintres verriers, non moins que tant d'édifices dus à la piété des temps modernes. Venez donc, vous tous qui vous sentez des inspirations et de hautes
aspirations, venez, et l'État, les cités, les églises, les particuliers s'empresseront de payer
с i ot 2/4 INTRODUCTION. м Б чә vos travaux. Nous recueillerons vos noms, et en publiant vos œuvres, nous les ferons passer
jusqu'à la postérité.
{ Pourquoi, jeunes peintres, dédaigneriez-vous la peinture sur verre? Où trouverez-vous | des effets plus puissants mis à votre disposition? Laissez vos confrères aspirer à voir une de |
| leurs œuvres recueillie dans un musée. Pour vous, il vous faut un plus beau théâtre, ce sera |
l'un des plus magnifiques édifices élevés à l'Eternel; là, dans une spacieuse embrasure , vous |
aurez à interpréter une religion, ancienne et vaste comme l'univers. Choisissez les sujets qui sourient le plus à votre imagination. Voulez-vous les scènes tendres ou les spectacles terribles; aimez-vous les voiles d'une composition mystérieuse ou le simple exposé d'un fait | qui parle 4 l'âme; le christianisme est inépuisable, c'est Dieu dans son immensité. Votre sujet est-il prêt? Voici la vaste toile qui s'offre à votre pinceau, toute cetle verrière; voyez а quelle hauteur du sol s'élèvera votre ouvrage; et de là il sera contemplé de tous, du sa- vant et de l'ignorant, du riche et du pauvre; vous deviendrez un peintre véritablement po- pulaire, véritablement connu de tous. Devant les plus belles toiles d'un musée il пу a que quelques amateurs qui s'arrêtent pour méditer, le reste regarde et passe pour ne plus re- venir; mais devant le vitrail peint d'une église, chacun vient se perdre en d'ineffables | contemplations , chacun vient у retrouver ou sa consolation, оп sa foi. Votre œuvre, pour plaire, pour frapper, n'aura pas besoin de la savante analyse d'un homme de l'art; | votre œuvre s'animera, prendra des aspects de plus en plus brillants, selon que les rayons du jour seront plus lumineux. Voyez, le soleil a jeté ses reflets sur la paroi vitreuse, comme tout s'est transformé; quel éclat, quel feu et quelles formes éblouissantes !
Mais l'histoire de Із peinture sur verre n'intéresse pas seulement le chrétien ou l'artiste | verrier, elle intéresse encore, au plus haut point, l'archéologue qui veut connaitre les usages et les coutumes des peuples dans les temps du mayen âge et de la renaissance.
Grice au ciel, ce n'est pas aujourd'hui qu'il est nécessaire de prouver l'utilité d'une étude aussi complète. Dans tous les pays une foule d'hommes se livrent à de tels travaux. i Et, en effet, роштай-оп se contenter des histoires ou des chroniques des temps anciens? Toute histoire, étant avant tout destinée aux contemporains, оше! ce qui est connu | Généralement à сеце époque; elle n'éprouve aucun besoin de dire à ceux qui existent alors се qu'ils font ordinairement, ni comment ils vivent; ils le savent de reste. L'écri- |
vain, en oulre, ne peut deviner ce qui se changera, ce qui n'existera pas au bout d'un | temps donné. Toutes les histoires sont done nécessairement incomplètes. Les chroniques le sont plus encore; car, en dépit de ce qu'on a dit de leur naïveté, elles ont un défaut
général de sécheresse, le fait у est à peine énoncé et les circonstances sont rarement expli- quées. Si le moyen âge fournit, dans ses éerits, si peu de détails sur ce qu'il a été, où trou- ver sa physionomie et la suite de ses états divers, si ce n'est en recourant aux renscigne- ments qu'on pourra glaner duns les autres champs, dans les anciennes législations, dans les
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хи INTRODUCTION.
monuments, dans Ja statuaire, dans la peinture sur bois, sur toile ou sur verre?
La peinture sur verre a sur la statuaire et sur les tableaux des avantages incontestables : ses produits sont plus anciens et ils ofrent, au lieu de figures isolées, de véritables ensem- bles, de grandes et riches compositions.
L'imperfection des peintures sur fond opaque les faisait bientôt rejeter ou remplacer par des ouvrages plus modernes et moins imparfaits ; elles étaient, еп outre, plus à portée de ceux qui voulaient les détruire, sans compter que les couleurs s'altéraient et que la matière qui les supportait, (ойе ou bois ou ciment, finissait par tomber en poussière; les vitraux se conservaient mieux parce qu'ils forment une substance incorruplible ; plus élevés, ils étaient moins sujets à la destruction; d'une vivacité de couleur admirable, ils ont toujours paru dignes d'être conservés, Aussi avons-nous encore des verrières peintes ordonnées par l'abbé Suger, ministre du roi de France Louis ҮП, c'est-à-dire remontant au XIe siècle. Qu'on nous montre de grandes compositions dues au pinceau et produites par celte époque! C'est tout au plus si nous avons quelques figures isolées, presque effacées, à peine visibles, tan- dis que le vitrail de l'abbé Suger n'a perdu qu'un peu de son éclat. Aucune couleur, aucune partie ne s'est détériorée de manière à n'être pas bien reconnue. La peinture sur verre a donc le mérite de présenter des renseignements précieux par leur antiquité, pré- cieux par leur état de conserration, mais surtout précieux par leurs détails innombrables.
En effet le peintre, dans cette enfance de l'art, avait beau être effrayé de l'espace qu'il devait couvrir de son travail; c'était toute la fenétre d'un vaste édifice; il ne pouvait réduire celte étendue ; il devait la couvrir de personnages, les mettre en action et en rapport.
Et grâce à l'imperfection de l'art au moyen âge, toute celte vaste peinture était la repro- duction complète, naive de la société prise au temps du peintre verrier. On ne s‘occu- pait pas de rechercher si un saint, ayant vécu dans une époque éloignée, devait porter le costume de son temps, on le représentait avec les vélements, les usages, les procédés d'a- lors, tels que le peintre les avait sous les yeux. Par suite de ces anachronismes, nous avons des tableaux parfaits, détaillés de chaque siècle ; chaque génération aurait été saisie, repro- duite par le daguerréotype, qu'elle ne serait pas représentée autrement, C'est ainsi que la cathédrale de Tournai nous offre, dans un fait du XIIF siècle, dans le rétablissement du siége épiscopal, tous les costumes ecclésiastiques, usités à l'époque du roi de France Charles ҮШ, et de la duchesse Marie de Bourgogne, depuis celui du pape jusqu'à celui du dernier clerc; et dans l'histoire de Sigebert, assassiné par l'ordre de Frédégonde, tous les costumes civils, guerriers, ecclésiastiques de toutes les classes de la société, tels qu'ils exis- taient à celle même période de Charles ҮШІ et de Marie de Bourgogne.
La Belgique peut être fière des richesses historiques que recèlent ses vitraux peints. Ainsi, à Mons, les verrières de la cathédrale représentent Charles-Quint encore adolescent, avec son père Philippe le Beau et toute sa famille; à Bruxelles, la collégiale de Sainte-Gudule
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a nous montre, d'un côté, Charles-Quint arrivé à l'âge de la maturité et entouré de sa | plus grande gloire, et, d'un autre côté, une époque chère à la Belgique reconnais-
sante, celle d'Albert et Isabelle; enfin, pour пе pas m'arréter à citer tant d'œuvres admi- | rables, dans les bruyères de la Campine anversoise, la belle église du petit village de | Hoogstraeten nous offre la suite des comtes de Hollande, et non-seulement les anciens, | mais aussi ceux des maisons de Bourgogne et d'Autriche, Dans les costumes, dans les armoi- | ries, ily a là des représentations fidèles du temps; ces peintures sont en outre de véri- { tables portraits et, sous ce rapport, elles constituent un complément très-intéressant pour l'histoire.
La Belgique ne les dédaigne раз; elle ne reste pas indifférente auprès de ses chefs- i d'œuvre des beaux-arts, comme le Copte ou le Kurde au pied des magnifiques restes de | ses monuments antiques. Elle honore les arts ашап! que les lettres, et elle accueille | toujours avec faveur les historiens qui analysent et qui expliquent les chefs-d'œuvre du passé.
П y a une classe d'amateurs studieux des temps anciens qui excite surtout ma sympa- thie; ce sont ceux qui, épris de tout ce qui est beau, se plaisent, quand ils le trouvent, à l'interroger en tous sens. Ceux-là ne se contentent pas d'admirer un édifice, ils veulent encore en avoir le dernier mot, savoir à quel ordre de constructions il appartient, si ses parties sont homogènes et à quel artiste est due cette création. Ce sont là les tou- ristes qui voyagent avec fruit et qui savent doubler leurs jouissances, parce que les con- naissances qu'ils ont acquises leur permettent de se reporter à l'époque de l'ouvrage qu'ils admirent; ils s'en rappellent les événements les plus importants, ils en évoquent les personnages les plus remarquables ; or, si l'examen d'un édifice aux poudreuses parois peut | exciter en eux de telles sensations, que n'éprouveront-ils devant ces vives couleurs, ces scènes animées et ces grands ensembles que présentent les vitraux peints de nos vieilles basiliques?
Qui donce, à la vue de toutes les richesses et de tous les enseignements contenus dans les
verrières, pourrait nier l'importance de l'histoire de la peinture sur verre? et quels regrets ne doit pas nous faire éprouver la perte des vitraux des célèbres abbayes de Lobbes, d'Orval, de Stavelot, de Villers, de Floreffe, d'AMighem et de ceux de la plupart de nos édifices civils! Tous ces vitraux ont été mutilés et brisés dans les troubles religieux du XVI: siècle, ou bien
| | | | | |
ils ont disparu, au XVIII siècle, sous l'indifférence et sous l'ignorance générale. C'est à peine si nous pouvons en découvrir les traces incomplètes dans quelques ouvrages, tels que | | ceux de Cousin et de Sanderus , tels encore que les voyages littéraires des deux bénédictins , H 4 et les histoires sacrées des différents pays. Il faut fouiller les archives les plus ignorées, compulser les plus vieux chroniqueurs, pour retrouver les sujets oubliés de ces peintures d diaphanes,
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Ё Or, ce que nous voulons еп се moment, et ce qui est un des buts principaux de ce travail,
reproduisant et en les analysant, afin que s'ils venaient à disparaitre aussi dans quelqu'une de ces catastrophes, que l'homme ne peut ni prévoir, ni empécher, cette histoire рїї en atténuer la perte par la description qui en resterait et qui permettrait même de les restituer. | Au moment d'entreprendre un pareil travail , il nous importe de constater ce qui a été fait
c'est de sauver de l'oubli les chefs-d'œuvre des temps passés qui sont encore debout, еп les |
par ceux qui nous ont devancé dans les mêmes études, et de jeter un rapide coup d'œil sur la bibliographie (1) de l'histoire de la peinture sur verre.
Déjà au ХИ siècle, le manuscrit du moine Théophile, et les écrits d'Éraclius (герго- duits au ХҮШ siècle dans les ouvrages de Raspe sur l'archéologie}, viennent jeter une vive lumière sur l'art du peintre verrier. Nous parcourons, il est vrai, toute la période du moyen âge sans rencontrer d'ouvrage spécial sur celte matière. La deseription même incomplète des vitraux ne se trouve que dans les historiens; de plus, les procédés mécaniques, for- mant des secrets que les arlistes conservaient avec un soin jaloux, peuvent tout au plus
être soupçonnés dans les écrits des alchimisles.
Еа arrivant à l'époque de la renaissance et en avançant dans le XVE siècle, les livres | imprimés se multiplient gt étendent les connaissances qui commencent à se constituer en | | science. Bernard de Palissy, et Jacques de Paroy, tous deux peintres verriers, écrivent | | de remarquables ouvrages sur la peinture еп émail. La mode est alors complétement aux | émaux, et dès le commencement du siècle suivant, Néri, marchant sur les traces de Bernard | de Palissy, publie d'importantes études sur le même sujet. Plus tard, Merret еп 1669, et Kunckel еп 1679, reproduisent cette dernière publication avec des notes et des commen- taires. Deux architectes, Philibert Delorme et André Félibien, protégent particulièrement la peinture sur verre et en parlent dans leurs ouvrages.
Au XVIII: siècle, les écrivains peuvent se diviser en quatre catégories : dans la première, c'est Houdiquier de Blancourt et le baron d'Holback, qui continuent les travaux de Néri, de Merret et de Kunckel; c'est encore, pour l'étude des émaux, Ferrand (Traité sur la peinture en émail), Решо (Lettre à son fils pour lui servir de guide dans l'art de peindre sur émail}, les chimistes Shaw, Issac Hollandus et Montami ; — dans la deuxième caté- gorie, on peut ranger les nombreux dictionnaires historiques et scientifiques qui parurent à cette époque et dont les auteurs sont : dom Pernety, Могегу, Aubert, l'abbé Feller, Chambers, Owen, de Murr, Watelet, Millin; on peut y ranger également d'autres ou- vrages, tels que ceux de De Vigny (Journal économ.), Beneton de Perrin (Journal de | Trévoux), Daniel Webb (Recherches sur les beautés de la peinture), Fougeroux de Bondaroy (Rech. sur Hercul. suivies d'une étude sur les mosaïques), Loysel (Essai sur l'art de la ver-
45 4
pe ©), сү (1) A la fin de l'ouvrage, une table générale donnera, par ordre alphabétique , les noms de tous les au- Alh с М9; teurs ct de tous les peintres verriers cités dans Іс texte, avec l'indication de leurs œuvres. 5) с yA 62) ( R
4 1. & INTRODUCTION. wo (4 үтік). ~~ Dans une troisième catégorie, se placent les auteurs qui se sont occupés princi- palement de la vie des peintres et de leurs œuvres, tels que Descamps et Vasari; — et enfin, dans une dernière catégorie, les monographies, comme celle de l'église royale de Brou, par le А. Р. Rousselet; les histoires générales et les voyages , comme le Guide universel des Pays-Bas, par le R. Р. Boussingault, et les voyages littéraires des deux bé- nédictins, dans lesquels on puise divers renseignements précieux.
Après cette longue série d'écrivains, dont l'influence sur l'art de la peinture sur verre fut peu sensible, parce que les uns Grent tourner les découvertes des émaux au profit des métaux , des faïences et des porcelaines, plutôt qu'à celui du verre lui-même, et parce que les autres ne s'en occupèrent qu'accidentellement et sans у attacher une grande valeur, nous devons mentionner les savants archéologues qui Grent, à cette époque, la gloire de leur pays, et qui peuvent se diviser en deux écoles. Les premiers, guidés par Winkelmann, | de Caylus, de Pauw, franchissent le moyen âge sans s'y arréter et se mettent à la recherche du verre dans l'antiquité; les seconds, ayant à leur tête Montfaucon, Seroux d'Agineourt, l'abbé Lebœuf, Sauval, entrent tout d'abord dans le moyen âge et commencent à déchif- frer les pages des époques chrétiennes.
Au-dessus de tous ces écrivains du XVIIIe siècle, dont nous n'avons fait que citer les | principaux, et qui nous seront si utiles pour nos recherches, s'élève comme un phare lumi- | neux pour éclairer l'histoire de la peinture sur verre, celui qu'on a appelé, à juste titre, le | Vitruve des peintres verriers, Pierre Levieil, qui fut tout à la fois artiste et écrivain, Artiste, | it voyait avec chagrin la peinture sur verre complétement méconnue et presque entièrement abandonnée. Il se mit alors à en écrire l'histoire pour la sauver de l'oubli et la réhabiliter, ou, suivant ses propres expressions, pour répandre quelques fleurs sur son tombeau. Son ouvrage ful presque un егі de désespoir. Cependant, quoiqu'il п'ей pas été donné à Pierre | Levieil d'assister à la renaissance de cet art auquel il avait voué toute sa vie el toutes ses facultés, un certain altrait se manifesta dès lors dans quelques esprits pour ce genre de peinture si vivement soutenu. | |
А peine les terribles événements de la fin du ХУШ siècle sont-ils passés, à peine le | calme est-il revenu, que les tendances vers cet art sont déjà plus marquées. La défense en est prise par quelques savants, tels que Brongniart, Alexandre Lenoir, Émeric David, | Langlois, Hawkins, Lebas de Courmont. Les annales et les journaux périodiques s'en occu-
pent également , et ce qu'il y a de mieux encore, c'est que les fourneaux des peintres verriers ве rallument en France et en Allemagne, et prennent une plus grande activité en Angle- | terre, où ils ne s'étaient pas éteints complétement non plus qu'en Hollande et en Suisse. | Voilà que l'architecture ogivale revient en honneur, gràce à la réhabilitation du moyen 5 âge qui s'est faite alors, et voilà que, du même coup, la peinture sur verre reprend 3
sa place dans les églises gothiques, qu'elle décore si bien. C'est le réveil complet du 5 i)
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moyen âge dans ce qu'il a de plus beau, de plus gracieux et de plus pur. Une nouvelle et ardente pléiade d'écrivains laissant de côté, pour un moment, les mystères de l'antiquité grecque et latine, viennent nous dévoiler les secrets de cet art vraiment chrétien; la valeur en égale le nombre. Ce sont: MM. de Caumont , dans son Bulletin monumental ; Lassus et Didron, dans les Annales archéologiques; Eugène Bareste, dans le journal lArtiste; du Sommerard, un des plus vaillants champions de la réhabilitation des arts au moyen âge; М. de Lasteyrie, dont l'importante publication, commencée еп 1857, n'est pas encore ter- minée; le baron de Reiffenberg, dans les Mémoires de l'Académie royale de Bruxelles.
Nous devons mentionner également : MM. Thibaut et Thévenot, de Clermont, tous les deux historiens et peintres verriers, en 1835 et 1856; l'allemand Gessert (1839); Vigné (4840) ; Reboulleau de Thoires, Meunier, Batissier (1845); l'allemand Fromberg (1844); Bontemps, Bertrand (1845); Beaupré, l'abbé Texier, Ch. Winston (1847); Warrington (4848); Lafaye (1849); Lami de Nozon (1852).
Aux ouvrages de ces divers écrivains , viennent s'ajouter les grandes publications actuelles, telles que : l'Architecture du V* au XVIe siècle, par M. Gaillabaud, le Moyen âge et la re- naissance, les Arts somptuaires au moyen âge, et enfin toutes les Annales des nombreuses sociétés archéologiques. Pourrions-nous oublier les importantes Monographies, dues à tant de laborieux savants : Boisserée (cathédrale de Cologne); Eggert (Notre-Dame de Mu- nich); Dupasquier et Didron (église de Brou) ; Hedgeland (Saint-Neot’s Church, Cornwall); John Weale (Saint-Jacques de Liége); les RR. PP. Martin et Cahier (cathédrale de Bourges); de la Siccolière (cathédrale d'Alençon ); Lettu (cathédrale d'Auch); l'abbé Guerbert (cathédrale de Strasbourg); Marchand et les abbés Bourassé et Monceau {église métropolitaine de Tours); l'abbé Burraud (cathédrale de Beauvais); Capronnier, Des- camps et Lemaistre d'Anstaing ( cathédrale de Tournai); Hucher (cathédrale du Mans ).
П est facile de juger, par cette nomenclature des principaux ouvrages modernes, que jus- qu'ici la Belgique n'a eu qu'une port, qui n'est pas encore en rapport avec les richesses qu'elle possède. La valeur des ouvrages cités, et le nom des auteurs, doivent cependant faire comprendre le prix qu'on attache maintenant à l'étude de cette partie si intéressante de la peinture.
Si la Belgique n'a eu jusqu'ici que peu d'écrivains, il n'en faut pas conclure que l'art de la peinture sur verre у ait été négligée. Bien des fois la munificence royale et le gouverne- ment sont venus au secours des fabriques d'églises pour la restauration de leurs verrières ou pour l'établissement de nouvelles. Parmi les hommes distingués qui ont soutenu et encou- ragé les travaux de nos artistes, et qui ont sauvé de l'oubli et d'une ruine devenue presque inévitable les beaux vitraux du pays, se trouve au premier rang М. le comte de Beauffort, président de la Commission des beaux-arts, des sciences et des lettres, auquel on doit notam- ment la conservation et la restauration des admirables verrières, perdues au fond de la Cam-
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INTRODUCTION. хуп
pine, dans la petite ville d'Hoogstraeten. A côté de cet archéologue distingué, viennent se placer MM. les chanoines Descamps et Voisin, qui, aidés des conseils de M. Lemaistre d'Anstaing, ont présidé à une restauration complète des verrières de la cathédrale de Tournai. Les villes de Liége, de Gand, de Bruges et de Mons ont vu également, grâce au zèle éclairé de MM. les doyens et curés, les fenétres de leurs églises retrouver leur ancienne parure.
Aujourd'hui le mouvement est plus marqué que jamais. Chacun désire remettre en honneur un art si longtemps et si injustement oublié. De hauts personnages laisseront de côté, un moment, leurs travaux politiques, pour apporter à cette œuvre de restaura- tion leur part d'influence et de conseils; nous n'en voulons pour preuve que les paroles prononcées l'été dernier, au Congrès d'Arras, par M. le comte Félix de Mérode (1). Est-il besoin d'ajouter que nous partageons complétement les idées émises par le savant représentant, et que nous nous ferons un plaisir et un devoir de les développer lorsque l'occasion s'en présentera ?
И faut du reste le reconnaître, jamais époque ne fut plus favorable que la nôtre à une telle étude. Les nombreuses recherches, faites depuis un quart de siècle, éelairent la route et donnent à Ja marche de l'écrivain moderne une certitude qu'elle n'avait pas eue précé- demment.
Quel immense avantage n'avons-nous pas encore sur nos devanciers ! Ceux-ci étaient
(1) Opinion de M. Је conte Féliz de Mérode sur tes sépultures dans les буйіме, exprimée devant les membres de tat Société francaise pour la conservation des monuments, réunis à Arras le 27 aoùt |8112.
s Au Bulletin monumental, пе 5 de cette année, j'ai remarqué le procès-verbal des séances tenues à Paris par la Société française, rapportant d'abord une communication de М, Didron, trés-instrnctive à l'égard de l'état actuel de 1а peinture sur verre, concernant les obstacles qui eutravent son développement et les moyens de les faire disparaitre autant que possible. Les observations du savant archéologue et habile pro- ducteur de vitraux peints furent accueillies avec grande faveur, et le président, M le comte de Mellet, invita les membres de Ја Suciété а seconder de leurs efforts la régénération d'un art si précieux pour l'ornemen- tation des églises et d'autres édifices encore. C'est avec le désir de répondre à cet appel que je soumets à votre examen, Messicurs, quelques considérations sur une autre phase des débats de la même séance, ЭЗ janvier, où s'agita lu question des sépultures dans les édifices гей епх..........
» Cependant , la faculté de donner un dernier asile ё quelques défunts dans les édifices destinés au culte divin, pourrait être acceptée i d'autres conditions que Venvahissement de l'espace par des tombeaux,
> L'urt qu'a préconisé М. Didron et que nous apprécions tous comme il le mérite, n'ubsorbe que la lumière superflue de la plupart des églises, Qu'on exige done, pour у placer quelquefois ta dépouille mortelle du tré- passé, l'exéculion d'une ou de plusicurs verrières, selon la grandeur respective des fenêtres qu'il serait à propos Corner de peintures, Qu'on permette de tracer sur ou sous le vitrail l'inscription qui rappellerait la personne inhumée, à proximité, Et sans occuper le sol de manière gênante, on conréderait à quelques-uns а dernière demeure que leurs familles consentiraient à payer un assez haut prix. Еп peu d'années, dans tes villes riches et populeuses, de vastes cathédrales comme celles d'Amiens, dépourvues de fenêtres peintes, reprendraient eette magnifique parure, sans frais pour la fabrique, je dirai même sans frais nouveaux pour personne, puisque la dépense d'un mausolée dressé sur un cimetière est souvent plus grande que ne le serait un vitrail au des vilroux multiples de dimension поітіге............»
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toujours dominés par la pensée exclusive de leur siècle; ils ne pouvaient juger la question a> à son véritable point de vue. Lisez tous leurs écrits : les uns traitent seulement de la ver- rerie, les autres de la peinture sur verre considérée uniquement comme une partie de l'art du dessin; pas un n'a soupçonné son but réel et n'a pu établir toutes les qualités qu'elle exigeait. Cela tient évidemment à ce qu'il y avait d'absolu et de restreint dans les | idées. | Quant à nous, loin d'être exclusifs, nous aimons à puiser nos enseignements dans les travaux de l'antiquité et dans ceux du moyen âge. Grâce à ces études comparatives, nous parvenons à préciser le caractère que doivent revétir les œuvres d'art; et, dans le cas parti- culier de la peinture sur verre appliquée à la décoration des églises, ce qui ajoute encore à notre force appréciative, ne craignons pas de le dire, c'est le retour sérieux des esprits vers | les idées pieuses; car, si jamais aucune époque ne fut plus tolérante, jamais aussi aucune
ne fut plus sincèrement religieuse. |
Cette vignelle représente le fragment d'une verrière qui se trouve dons l'église de Sainte-Waudru, à Mons ct forme la partie culminante d'une peinture sur verre donnée par Philippe de Clèves, seigneur de Ravenstein , et sa femme Françoise de Luxembourg, lesquels y sont représentés.
Dans la partie supérieure sont deux anges sonnant de 1а trompette (баба ane); au milieu, up docteur de l'Église, dans un costume du commencement du XVIe siècle, porte un phylactère sur lequel із date de la verrière est inscrite (1514), et au-dessous, dans une glaire, se trouve le Saint-Esprit sous la forme d'une Cf colombe пох ailes étendues, Ё
$ LL.
QUELQUES MOTS SUR LE VERRE DANS L'ANTIQUITÉ.
s Je n'hésitai pas à aller mol-méme à Kborsabad, оё, aver an plaisir que l'on comprendra sans peine, feos la première révdatiun d'ua nouvean monde d'ontiquités.
Borra, Monument de Ninioe, Paris, 1849. laf, р. 5.
Etudes sur le verre ео Assyrie, en Babylonie, en Perse, dans l'Inde, en Phénicie, en Egypte, en Etruric, en Gréce, à Rome, et dans l'Occident.
Avant de se développer et d'atteindre le but pour lequel elle semble créée, la peinture sur verre existait déjà еп germe dans l'antiquité. Les verres diversement colorés et les émaux, qui en sont les principes constitutifs, ont été connus dès le commencement du monde. Le moyen âge a rassemblé ces éléments épars pour en composer un ensemble magnifique, d'où sont sortis des chefs- d'œuvre dignes du christianisme et de l'époque de foi qui les inspira. Quelques mots sur l'histoire du verre et des émaux chez les peuples de l'antiquité seront done
ici bien à leur place.
Les corps vitreux se sont offerts d'eux-mêmes à l'homme. En effet, dans les fourneaux primitifs où les métaux étaient forgès, se trouvaient en présence les deux éléments du verre : le sable de Іп maçonnerie et les cendres du foyer. Ces matières se réunirent, elles se combinérent sous l'action d'un feu ardent et elles vinrent, dans leur nouvelle forme, étendre aux pieds de l'homme une sur- face diaphane,
Or, les enfants d'Adam savaient forger les métaux et ont pu, par conséquent, connaltre également l'art de la verrerie (2). Les pâtes d'émail apparurent aussi, d'une manière imprévue
(1) Bracelet formé avec des perles de verre et trouvé au poignet d'un squelette féminin, еп 1855, dans le cimetière frane de la vallée du l'Eaulne, Seine-laféricure. — Voir ta Normandie sonter., par М. l'abbé Cochet, Rouen, 1854; ia-Se, р. 285, pl. X, fg. 4.
12) Sella quoque рений Tubsleain, qui fuit malleator et faber іп cuneta opera wris et ferri. Gens, Cap, IV, v. 22.
SEPA Oat. — а — — BM BARE 5 7 LEEDS HEC g 1%; : 2 хх QUELQUES MOTS SUR LE VERRE. к 3 =
et toute naturelle, dans la cuisson des briques dont Та surface se vitrifie lorsque le feu est poussé 24 trop vivement; il arrive même quelquefois que le verre se détache et coule; ce phénomène se produisit sans doute de bonne heure, car les races humaines, avant leur dispersion , avaient com- { mencé à bâtir la tour de Babel en briques cuites au feu (1).
Nous devons donc admettre que, suivant l'ordre naturel des choses , le verre et l'émail furent connus de toute antiquité, et en cela nous sommes d'accord avec Benneton de Perrin (2), Chris- tius (5), Loysel (4), Pierre Levieil (5), Datissier (б) et avee la plupart des antiquaires. Cette hypothèse, d'ailleurs, s'accorde avec les textes de la Bible.
Ne pouvons-nous penser que Job а voulu parler du verre quand il dit (7) que la sagesse est plus précieuse que Гог et le zedoukit ( mot hébreu, que saint Jérôme а traduit par vitrum }? Ne nous est-il pas permis de faire la méme supposition , lorsque Salomon recommande au sage de ne
pas exciter ses appétits en contemplant la couleur rubiconde du vin au travers de 1а coupe (8)? |
Quelques autres passages de la Bible (9) s'expliquent aisément avee l'acceptation de la connais- sance du verre à ces époques primitives : c'est ce qui a fait dire à M. le comte Alexandre de Laborde que l'usage de la mosaïque, composée en partie de fragments de verre, remonte jusqu'à l'origine | Чез пайопз (10).
Les premières générations ont également su colorer les pâtes vilreuses, les mouler et en faire divers objets de grande dimension. Ces statues et ces colonnes d'une scule émeraude, ces pa- | vages de saphir, ces murs incrustés de pierres précieuses, n'étaient que le résultat du travail habile du verrier. Ainsi se dévoilent tous ces mystères de l'antiquité. Nous croyons еп outre que,
(1) Disitque alter od proximum suum, venite, faciamus lateres, et софнатня соя igui, Nabucruntque lateres pro saxis, сі bitumen pro camento. Gen., Cap. ХІ, v.5.
(2) Besseron pe Penais ajoute ceed : C'est l'embrasement fortuit de quelques forêts qui fit eonnalire les mines et montra des ruisseaux de fer et de cuivre coulants. et 10 même accident a fait apercevoir le verre dès les premiers temps du monde, — Dissertation sur la verrerie, Mémoires de Trévous. Oct. 1755. Paris, in-f8.
(5) Сптіяз 8, De murrinie veler, lib, singul. Lips., 1742,
(4) Lovsee, Estai sur l'art de la verrerie, і vol, іп-8”, 1701.
(5) Preane Leviers, Histoire de la peinture sur verre, Poris, in-4*, 1774,
і (0) Batissten, Histoire de l'art monumental, suivie d'une Histoire du verre, Paris, in-4°, 1848. | (7) Jos, Сар. ХХУШ, v. 17. ”
(8) Prov. Сар. XXIII, v. 51.
(0) Entre autres сепх-гі: | ss Lectuli quoque aurci ct argentei, super pavimentum smaregdino et pario stratum lapide. dispositi erant; quod mira varictale pietura decorahat, Esmu., Сар, 1, ж. 6. | "ма Ессе ego sternam рег ordinem lapides tuos, et fandabo te in saphiris.
Isale, Сар. LIV, у, 11. sor Etin conspectu sedis tanquam mare vitreum simile erystallo, | S' Jow., Apoc., Сар. ТУ, v. б. “... Ipsa vero civitas aurum mundum, simile vitre mundo, | М., Сар. ХХІ, v. 18, i se Et plates civitatis aurum mundum , tanquam vitrum perlueñlum. 14., Сар. XXI, v. 21.
(10) Pese. de un pavimento en mozayco descub, en la ant. Hal; por don Avex. pk La Воарк. In-fulio,
Paris, 1806.
QUELQUES MOTS SUR LE VERRE.
dans lo plupart des contrées, l'art de la verrerie a suivi d'une manière immédiate l'art céramique, qui est, suivant M. le duc de Luynes (1), le plus ancien de tous (2).
Jusqu'au milieu du siécle dernier, les antiquaires en étaient réduits à discuter des textes; mais les découvertes faites à Herculanum et à Pompei, plus tard dans les villes de l'antique Etrurie et tout récemment en Orient, ont donné raison à des assertions en apparence trés-hardies et permis de placer l'objet à côté du texte,
Ninive. — Babylone. — Persépolis.
N'auraient-elles pas connu le verre ces antiques et florissantes cités de l'Orient, dont les unes ont disparu si complétement qu'il a fallu, comme l'avait prédit le prophète, que le voyageur se baissåt pour en apercevoir la trace, et dont les autres ont laissé ces ruines, poétiquement déerites par Volney, par Chateaubriand et par Lamartine? Cette question est restée longtemps indé- cise, mais d'ardents et savants explorateurs viennent de la résoudre d'une manière inattendue et heurcuse.
Déjà еп 1811, М. Rich, continuant les travaux de Chardin, de Niebuhr, de Morier, de Ker- porter et du major Renelle, avait donné l'éveil dans son voyage А Babylone et à Persepolis. Voiei comment il s'exprime (5):
There we find fragments of alabaster vessels, fine carthen-ware, marble, and great quantities of varnished titles, the crazing and colouring of which are surprizingly fresh.
Plus tard, le consul français à Mossoul, М. Botta, a publié, dans son magnifique ouvrage sur les monuments de Ninive (4), le dessin de divers ustensiles de ménage trouvés à Ninive et à Khor- sabad, et dont une partie est de verre.
М. Layard, le savant concurrent de M. Botta, бегі à son tour : « Ils (les Ninivites) connurent aussi l'art de travailler le verre. Nous trouvames à Nemrod et à Kouyundjek de petites bouteilles et d'élégants vases de celte matière; quelques-uns portaient le nom du roi de Khorsabad, et il est certainement permis d'attribuer à plusieurs de ces ustensiles une antiquité plus reculée que celle du temps de се monarque (2). »
Et ailleurs : «les grains de chapelet étaient en pdfe de verre coloré, en cornaline et en amé- thyste (6) »
(1) dna, de l'Ina. ; corresp. archéol, 1852, р. 158. (2) М. oe Peaux, dans ses Recherches philosophiques, partage les mèmes idées et s'exprime ainsi : a L'invention du verre а suivi de pris celle de Cart du potier. On a eu une pâte assez approchante de la por- eelaine avant que d'avoir du verre. Plusieurs nations même se sont arrêtées à la découverte de la porcelaine, sans pouvoir aller au delà ; d'autres n'ont сопли qu'une sorte d'émail, Par exemple, on ne «атай pas faire du verre, dans toute l'étendue de l'Amérique, еп 1492, et cependant de certains sauvages у possédaient In méthode de vernir d'émail les pots de terre, au rapport de Narbourough. »
Dr Рвасх, Meek. phit. Paris, an ШІ, р. 402, (5) Reco, Babylone and Persepolis, Londres, 1839. 1 vol. in-8°, р, 63. (4) Monuments de Ninive, Paris, 1849, in-fol, (5) Nineveth and its remains, by Асет, Lavann. 2 vol. іп-8”, 1849. T. I, р. 421.
(6) did, T.M, р. 18, Au tome premier, р. 542, М. Layard décrit deux vases, l'un d'albâtre, l'autre de verre, tous les deux
20а — = —
QUELQUES MOTS SUR LE VERRE.
1 ne faut pas croire que les objets antiques faits de verre soient rares en Orient. Voici ce que dit М. Fresnel, attaché à la mission scientifique dirigée par la France sur les bords de l'Eu- phrate et en Perse :
Mais, après tout, COMME LE VERRE SE RENCONTRE A CHAQUE PAS dans nos débris, dans nos ruines, je ne vois pas pourquoi les cercles énormes, qui recouvrent les yeux de nos personnages, ne seraient pas des disques de verre (1).
Cette observation avait rapport à un groupe de statues trouvé dans les ruines du palais élevé par Nabuchodonosor sur les bords de l'Euphrate, dans Babylone. Les briques étaient marquées du nom du roi Nebokhadnésar (Nabuchodonosor}, et ne permettaient aucun doute sur le fondateur du monument. ММ. Fresnel et Oppert recucillirent aussi un grand nombre de briques émaillées et une quinzaine de fragments offrant des caractères uniformes en émail blane sur fond bleu.
Non-seulement le verre, comme nous le voyons, n'était pas rare en Orient, mais il était encore trés-habilement travaillé et coloré, М. Place, le digne successeur de M, Botta au consulat français de Mossoul , donne à ce sujet des détails intéressants dans ses lettres ou Ministre de l'Inté- rieur :
Elle (une chambre nouvellement découverte) renfermait diverses curiosités, entre autres ипе petite bouteille de forme très-élégante, en verre blanc, recouverte intérieurement d'une légère couche à reflets argentés et ornée de deux anses en verre rouge; auprès бай une petite coupe de méme verre, ornée, au-dessous de Uévasement de son ouverture, d'une série circulaire de petits dessins colorés en rouge et en bleu (9).
Ainsi done, le verre et l'émail ont été connus dans l'Assyrie, dans la Babylonie et dans la Perse; les preuves en sont maintenant déposées dans les collections d'antiquités. Le Musée de Paris fut d'abord moins riche que celui de Londres. Les fouilles opèrées par les agents fran- çais avaient produit, dans le principe, des résultats moins heureux que celles des Anglais; mais les chances se sont égalisées depuis et de nombreux objets d'un haut intérêt sont venus compléter la collection française.
Les auteurs anciens nous avaient également appris, pour la Perse, ce que ces heureuses décou- verles nous ont si clairement démontré. Dans un passage d'Aristophane, un ambassadeur raconte qu'il a été député vers le grand roi, à Ecbatane, sous l'archontat d'Euthième (26 année de
d'un travail admirable el d'une conservation parfaite, mais qui, malheureusement, furent perdus dans le trajet de Bagdad à Londres. Voici le passage : + Је pris un instrument (un pie) et je me mis moi-même à travailler avcc le plus grand soin; j'en fus bientôt récompensé par la découverte de deux petits vases, l'un d'albåtre, l'autre de verre; tous deux d'une conservation parfaite, d'une coupe élégante et d'un travail admirable. Из portent chacun le nom et la marque du Roi Assyrien, беги de deux manières différentes, comme dans les inscriptions de Khorss- had. Ces vases de verre et d'albätre et quelques pièces d'arnure furent extraits de la) collection générale ct envoyés en Angleterre; mais, par In négligence des autorités de Bombay, les caisses qui les contenaient furent égarées, La perte des vases de verre est particulièrement regrettable, » (1) Mission francaise en Orient. Lettre de M. Fresnel à M, J. Mohl, insérée dans le Journal asiatique da mois de juin 1855,
(2) Rapport à l'Institut de France (Académie des inseriptions et belles-lettres ), inséré dans Аел français, Octobre 1823.
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` Р la 85" olympiade ) : partout, dit-il, on nous forçait de boire un vin pur et généreux dans des
І coupes d'or et de verre (1).
| Ajoutons enfin que les fameux vases murrhins, qui sans doute étaient formés d'une pâte vitreuse assez analogue à l'opale et nuancée de brillantes couleurs, venaient, au dire de Pline (2), de divers endroits de l'Orient; les plus précieux étaient envoyés par la Perse.
Inde.
Nous avons peu de renseignements sur l'Inde. Nous savons que le verre у était fabriqué avec des fragments de cristal brisé, qu'il était plus fin et plus beau que celui des autres pays (5). On a souvent accusé les habitants de l'Inde de vendre de fausses pierres et de fausses perles, ce qui indiquerait qu'ils avaient porté l'art de la verrerie assez loin. Cependant Sau- moise (4) prétend qu'ils tiraient leurs fausses pierrerics de l'Égypte. Aucune preuve convain- cante ne vient, au reste, à l'appui de cette assertion. Celle-ci est en outre contredite par Pline qui afirme qu'aux Indes, on imitait diverses pierres précieuses en teignant le cristal (5).
Or, comment aurait-on pu teindre le cristal, sans arriver pour la plupart des couleurs jus- qu'à la fusion et sans recourir par conséquent à la vitrification? Les trouvailles, faites de nos jours dans les topes du Caboulistan et dans les dagobos de l'ile de Ceylan, ont prouvé que les Indous connaissaient, aussi bien que les autres peuples de l'Asie, le verre et sa fabrication. On peut à ce sujet consulter les écrits des divers voyageurs, tels que Valentia, Burnes, Ritter, Chapeman et Harington.
Phénicie.
La fabrication du verre fut une des principales branches du commerce de la Phénicie.
Nous пе rapporterons pas l'anecdote de la découverte du verre chez les Phéniciens , racontte par Pline (6) et reproduite par Bernard de Palissy (7); mais nous emprunterons aux lettres d'un savant de France écrites à un savant de Danemark (8), le passage dans lequel il est dit que les | enfants de la tribu de Zabulon, en allant s'établir sur le bord de la mer, reçurent dans leurs in- structions le conseil de se livrer à la fabrication du verre.
(1) Anistorn,, Acharn., v. 74,
(2) Purse, Mist. nat., L. XXXVI, cap. 8.
(5) bid., L. XXXVI, сар, 66,
Auctores sunt, in India е crystallo fracta Пегі, et ob id nullum comparari indico.
(4) Ѕасм., Bxercit. ін эн.
(5) Pare, L. XXXVI, сар. 21,
(6) Purse, L. XXVI, cap. 15.
(7) Beas. pe Paussr, 177, in-4-.
(8) Ces lettres se trouvent dans l'Hist. de le peint, sur verre de Pierre Lovieil, à Ia fin de la première partie; elles ont été extraites de la Gazette litléraire de l'Europe, Le décembre 1762, Les auteurs de сез lettres sont inconnus, mais celui qui a écrit La première est le même quia donné la traduction du mémoire de Chris- tophe Hamberger (cité plus bas) sur le verre, dans le онгла! étranger de 1764 ; féve., art. 11; Tom. 1,р 48.
ЖУ — — -4 3
xxiv QUELQUES MOTS SUR LE VERRE.
» .... Moïse, donnant la bénédiction aux enfants de Zabulon leur dit : Qui {scilicet Zabulonitæ) inundationem maris quasi lac sugent, et thesauros absconditos arenarum. On doit consi- |
» dérer ces bénédictions autant comme des instructions sur les qualités des pays que la tribu |
allait habiter, que comme des bénédictions proprement dites.
» Par les trésors les plus cachés du sable, tous les interprètes juifs, tant anciens que modernes, entendent le verre; ils en regardent la fabrication comme une des trois bénédictions que Moïse promit aux Zabulonites. Cette tradition universelle des Juifs ne peut guère s'expliquer que par
l'effet que produisit sur les habitants de ce pays-là l'importance des promesses qui leur furent
faites , et par les verreries qui у étaient établies de temps immémorial, »
Le sable de la rivière de Belus qui traversait le pays de Zabulon, était le plus propre à ce genre de fabrication. Les verres et les cristaux de cette contrée étaient excessivement beaux et conservérent leur réputation jusque sous les empereurs romains (1).
La tradition nous a appris que les Phéniciens fondaient et coulaient le verre pour en former | des objets de grande dimension. Hérodote (2) et Théophraste (2) ont transmis le souvenir d'une co- | lonne du temple d'Hercule, à Туг, formée d'une seule émeraude et jetant un éclat extraordinaire ; | elle n'était évidemment que de verre coloré (4). |
Les Sidoniens, au rapport de Pline (2), surent, les premiers, souffler le verre, le tourner et | graver sur sa face toutes sortes de figures à plat оп en relief, comme cela se pratiquait sur les vases | d'or ct d'argent; en outre, ils imitaient avec une rare perfection le jaspe, dont ils formaient des | plaques que les Romains employaient à la décoration de leurs appartements. Saint Clément nous |
|
apprend (6) que les habitants de l'ile «Ағай invitérent saint Pierre à venir voir de prodigicuses colonnes de verre qui ornaient leur temple, et que le prince des apôtres fut saisi d'étonnement et d'admiration à l'aspect de leurs colossales proportions.
On peut enfin, pour In discussion des textes sur lesquels les écrivains s'appuient pour établir | que les Hébreux comme les Phéniciens se servaient du verre, consulter les travaux de Christophe Hamberger et de Jean-David Michaël, qui se trouvent dans les Mémoires de la Société royale de Gottingen (7).
Ethiopie. — Égypte.
Quand même les anciens écrivains, tels que Hérodote, Diodore de Sicile, Pline, Strabon, Pausa- nias, ne nous auraient pas fourni de renseignements sur la fabrication du verre en Éthiopie et en
(1) У. Tacrre, L. У, ch. 7; Рича, L. Ү,еһ. 19, et Jostens, L. ІІ, de bello Judaico.
(8) Hésonore , L. И, сар. 44.
15) Тибоғпя., Traité des pierres,
(4) Veaisemblablement elle n'était que de verre de couleur d'émeraude, creuse en dedans et éclairée d'une grande quantité de lampions , qui la rendaient lumineuse Іа nuit. Рікпяк Levies, Mist. de ta peinture sur verre, Paris, in-fol., 1774.
(5) Pure, L. XXXVI, е, 25,
(6) S-Crem., НЫ. Patr., Luyd. ПІ, р. 454, 1” сой; с. 5.
{7) Commentarii Societ, reg. Gotting. ad annum 1754,1. ШІ, р. 301 ct 434.
сетер —
49
QUELQUES MOTS SUR LE VERRE. xxv
Egypte, les nombreuses découvertes faites depuis les glorienses campagnes du général Bonaparte сї | les travaux si remarquables auxquels la Commission scientifique, instituée par le grand capitaine,
| s'est livrée dans les hypogées de la Thébuïde ou dans les pyramides et les nécropoles de l'Heptano- | mide et du Delta, seraient plus que suffisants pour nous apprendre que les habitants des bords du Nil furent trés-habiles dans l'art de la verrerie. Aujourd'hui, il n'est pas un musée, il m'est
soit vase, soit statuette, soit amulette ou scarabée (4). Les faits avancés par les écrivains de l'an- tiquité ont toujours été confirmés ou expliqués par les recherches des temps modernes. Les Ethiopiens, suivant M. de Pauw, ont pu observer plus tôt que d'autres les développements de
plantes arides, qu'on у brüle à défaut du bois qui y est rare, contiennent une quantité assez grande de sel alcali. И est possible que dans la cuisson des vases, sous l'influence de ces matières, les phénomènes de la vitrification se soient produits. | Hérodote (2), Ctésias (5) et Diodore de Sicile (4) nous rapportent que les habitants de l'Éthiopie | se servaient du verre pour en former des cercucils. Thucydide (5) nous donne une version un peu | différente et prétend qu'ils ne faisaient qu'enduire leurs morts d'une couche vitrense, L'usage dont parlent ces auteurs est aussi attesté par Suëlone (б) et Strabon (7), qui racontent | qu'Auguste se fit représenter le corps d'Alexandre déposé dans un cercueil de verre que Seleucus | |
| pas une collection particulière qui ne possède quelques objets en verre provenant de ces contrées, la vitrification, parce que, dans leur pays, les matières combustibles sont mélées de sable, et que les | |
Eubiosactes avail, par avarice, substitué au coffre d'or (8).
L'Égypte, dont la civilisation fut si brillante, porta trés-loia Fart de la verrerie; elle était d'ail- leurs favorisée par la nature, саг on у trouve la meilleure soude connue, Les Vénitiens vont encore aujourd'hui s'en approvisionner à Alexandrie,
I est généralement admis que les premières verreries furent établies dans la haute Egypte. Les vases de verre découverts dans les ruines du temple de Karnae, à Thèbes, portent en eux la preuve de leur antiquité et de leur origine, Bien antérieurement aux époques où les vases murrhins com-
(1) Le Mnsée égyptien de Livourne ‘décrit dans le Bulletin de Férussac, année 1826, р. 446) renformait plus de deux cents pièces égyptiennes de verre, еп émail ou en pâte de verre et d'émail, d'un travail admi- rable; parmi ces divers objets se trouvaient des réseaux de grains et des cubes d'émail ош de verre,
Barissien, Mist, du verre, faisant suite Hist de l'art monum. Paris, gr, in-8*, р. 655,
(2) Некопотв, L. HI.
(5) Cité par Тассүрірв, L. HI,
(4) Dion. ре бісик, Ls I, § XV.
{5) Taucvowe, Hist., L. Ш.
(6) Suéroxe, L. VIL
| 17) Stmanon, Geog., 1. ХУІ. (8) Comme preuve à l'appui, nous pouvons encore citer le fuit suivant, rapporté par Hérodote, è propos | de l'ambassade des lethyophages, envoyée par Cambyse au roi d'Éthiupiè : « Enfin, on leur montra les cer- һ cuells des Ethiopiens , qui sont faits, à ce qu'on dit, de verre, et dont voici fe procédé : on dessèche іс corps à la façon des Égyptiens ou de quelque autre manière; on l'enduit ensuite entiérement de plâtre, s qu'on peint de sorte qu'il ressemble, autant qu'il est possible, à la personne même, Après cela, on le ren- » ferme dans une colonne creuse et transparente de verre fossile, aisé à mettre еп œuvre, ct qui se tire еп » abondance des mines du pays. On aperçoit le mort à travers еспе colonne, au milien de laquelle il est » placé, сіс, э Шілоготв, L. Ш, сар. XXIV. Trad. de Larcher. Paris, 1786,
Хх! QUELQUES MOTS SUR LE VERRE.
mencérent à être en usage à Rome (1), disent MM. Boudet et Jomard (2), la ville de Thèbes était déjà renommée par les ouvrages en verre coloré qui sortaient de ses fabriques et qui s’exportaient | au loin, Dès les temps les plus reculés, c'était une branche importante de commerce qui se faisait
par la mer Rouge, et, comme preuve à l'appui, ces auteurs citent le passage suivant, extrait de l'ouvrage de M, l'ingénieur Roziére, sur les vases murrhins (2):
J'ai souvent trouvé dans les mines des anciennes villes de la Thébaïde, parmi les fragments de verre coloré dont elles abondent, quelques morceaux teints de diverses couleurs. Quelques-uns, | offrant dans une de leurs parties de belles nuances de pourpre, étaient, je crois, des débris de cet | ancien murrhin artificiel (que les Égyptiens savaient si bien imiter). D'où il résulte que non-seule- | ment les plus anciennes verreries furent établies dans l'Égypte supérieure (4), mais que déjà опу | fabriquait des verres colorés. |
La tradition nous a transmis le souvenir du всер{ге de Sésostris, lequel avait plusieurs coudées de longueur et n'était fait que d'une seule émeraude. N'y avait-il pas aussi dans la grande pyramide de Chéops une prodigieuse table smaragdine, sur laquelle Hermés avait gravé son grand œuvre, et qui avait vivement excité la cupidité des Perses et des Arabes, violateurs du colossal sépulcre? Le bon sens indique que ces objets, sceptre et colonne, étaient de verre coloré imitant les pierres
précicuses. И est d'ailleurs hors de doute que les Égyptiens, guidés par leurs prêtres dont la science était |
si profonde, furent d'une grande habileté à manier le verre. Parfois ils se contentaient de le pé-
trir, et le faisaient servie d'ornement à leurs édifices, comme les quatre gigantesques écrevisses de |
verre, placées au pied du phare d'Alexandrie (5), parfois ils lui donnaient une pureté et une
transparence égales à celles du cristal, ou le diapraient des plus vives couleurs (6). |
(4) Pline nous apprend que l'introduction des vases murrhins, à Rome, date des triomphes de Pompée en Asie. L. XXXVI.
(2) Ouvrage de la Commission scientifique française en Égypte. Arts ef métiers. Dorper et Јомапр, t. VI.
(ST Ш, р. 126, Mem. sur les vases murrh., par М. Лове, ingénieur des mines, membre de la Commis- | sion des sciences.
(4) L'établissement des verreries suivit la marche de la civilisation égyptienne et, comme elle, abandonna
{ 1а Thébaide pour se transporter plus tard à Memphis et à Alexandrie. | {Note de l'auteur.)
45) Voir Vossius, Comment. ad Pomp. Melam., р. 271.
(6) He ciselaient encore le verre, dit М. de Pauw, ef te travaillaient ам tour avee tant de légèreté que quelques coups donnés trop profondément brisairnt tout l'ouvrage, qui avait deja coûté des soins infinis à l'ouvrier: rt dore même que ces sortes de тетте (calices audaces) réussissaient, it [айай encore les manier avec subtilité, de sorte que ceux qui connaissaient Mart de jouir, que rarement les poëles ignorent, n'aimaient pus dans leurs parties de plaisir à se servir de coupes ai précieuses сі ai fragiles.
Martial nous l'apprend dans les distiques suivants :
Tolle, pwer, calices, tepidique toreumata Nili; Et mibi secura pocula trade шапа
L. XI, ep. 11. Non sumes awlacis p'ebeia toreamata vitri ; Nostra wee ardenti gemma feritur aquà L. XIV, ep. 94. Aspicis ingenlam Nili, quibus addere plura Dum ewpit, ah! quoties perdidit suctor opne! 1. XIV, ер. 113,
— N
QUELQUES MOTS SUR LE VERRE. xxvu
$ Les Égyptiens conservérent leur supériorité dans l'art de la verrerie, jusque sous la domina- Т tion romaine. Les textes explicatifs sont trés-nombreux. Nous ооп en citer quelques-uns choisis parmi les principaux :
Théophraste (1) nous dit qu'un roi d'Égyple envoya en présent au roi de Babylone une éme- raude de quatre coudées de long sur trois de large (2).
Vopiseus nous apprend que les Romains tiraient de ce pays leurs plus beaux vases, et que l'em- pereur Aurélien força les Égyptiens d'en fournir tous les ans une certaine quantite (5). Le même auteur cite, d'après Phlégon, une lettre écrite par ce prince au consul Servien, son beau-frère,
Il lui donne avis de l'envoi de verres à boire de couleurs variées, dont le prêtre d'un temple d'Égypte lui avait fait présent; il l'invite à ne s'en servir que dans les plus grands festins et dans les jours de féte les plus solennels (4).
Athénée, dans son Banquet des savants, parle de vases en verre et en cristal dorè venant d'Égypte (5), ainsi que de ceux que l'on fabrique dans la ville de Coptos et dont la pâte, pétrie avec des aromales, est odorante (6), |
Après avoir suivi avec intérêt les brillantes phases de l'art de la verrerie dans l'antique Egypte, |
après avoir admiré l'intelligence et l'adresse des ouvriers de ce pays qui inondait le monde entier de ses produits, chocun se demandera quel est l'état actuel de cette fabrication. Hélas! cette | branche de l'industrie s'est fétrie avec l'arbre tout entier, сі pour permettre au lecteur d'en juger, nous emprunterons à MM. Boudet et Jomard un passage de leur savant mémoire sur l'état industriel de l'Égypte dans les temps modernes : | « L'art de la verrerie, qui а été poussé si loin еп Égypte, y est aujourd'hui presque anéanti. 11 » раган que les Égyptiens ne fabriquent plus le verre, mais seulement ils le refondent. La matière » dont ils se servent pour alimenter leurs fourneaux est une fritte de verre commun, tirée de » Venise, Ils en fabriquent des verres plats, légèrement bombés, qui éclairent les ddmes des bains; » des bouteilles de la forme des nôtres, des mortiers de verre, des alambies; de petits pilons qui * servent à polir les ouvrages de cuir, les papiers, les cartons; et enfin des bocaux à bords ren- » versés, qui leur servent de lampes. Pour rendre les bocaux propres 4 cel usage, ils établissent au » fond un tube qui reçoit une mèche de coton; l'huile est supportée par ane certaine quantité d'eau » qui ne dépasse pas l'extrémité du tube.
» C'est par la voie du commerce qu'ils se procurent les lustres, les cristaux et les porcelaines
(1) Tutorn,, Traité sur les pierres,
(2) Cette prodigieuse émeraude n'était évidemment qu'une lame de verre colorée, Théophraste ajoute lui- теше un peu plus loin, en parlant d'un pilier еп émeraude qui se voyait à Туг: à moins que ce ne fùt une fausse émeraude , car on en voit quelquefois,
en est de mème pour le colossal sérapis еп émerande, conservé, suivant Apion Plistonice, dans le labyrinthe et dont la hauteur mesurait neuf coudées, (Ce fait nous а été transmis par Pline, L. XXXVIL, сар. 29),
(3) Vopiscus in Aurel., cap. 46.
(4) Ibid.
(3) Атиёлёв, Deipaosoph,, L. V, с. 7.
(6) fbid., L. П, е. 4.
a ге. — 27224-22. — — < © ххуш QUELQUES MOTS SUR LE VERRE. » qu'on voit chez eux. Entre autres produits des fabriques d'Europe, ils tirent de Venise les miroirs, ІҢ
les verres à facettes et les vitres colorées dont ils font un grand usage dans l'intérieur des appar- tements; et du Japon de magnifiques porcelaines. > Si l'art de la verrerie est aujourd'hui resserré en Egypte dans des bornes aussi étroites, il fout
l'attribuer à la perte des anciennes pratiques, à la rareté actuelle da combustible et à la erainte
des charges auxquelles le fabricant serait exposé si l'industrie prenait un plus grand essor. » Le combustible est la paille du Dourah ou du maïs, оп bien la tige du roseau, On ne fabrique que des bouteilles en verre assez grossier et qui sont de la forme de nos bouteilles communes(1).»
Etrurie,
L'Étrurie nous offre les traces d'un art primitif, modifié, il est vrai, tantôt par l'influence égyp- tienne, tantét par l'influence asiatique, et qui porte les caractères d'un temps antérieur aux civi- lisations grecque et romaine. Cette contrée, bordée par la mer Tyrrhénienne et par la mer Adria- tique, reçut des colonies parties d'Égypte, d'Asie et de Grèce. Les colons venus de ces différents pays, civilisérent peu à peu les premiers habitants et, agrandissant leur sphère d'action, finirent
par se rapprocher et se confondre. Il en résulta une production d'objets d'art portant un carac- tère mixte, qui jeta les savants dans de grandes discussions. C'est ainsi que de Caylus, Gori, Tischbein, Millin, Winkelmann, Lanzi, Griffi, Canina, Visconti, Micali, Raoul Rochette se trouvèrent souvent en désaccord. De tous ces archéologues distingués, nous devons reconnaître que M. Raoul Rochette est peut-être celui qui а établi et marqué, avec le plus de finesse et de sagacité, les differences appréciables provenant des diverses civilisations (2). 1l nous вий de dire, pour le sujet qui nous occupe, que, dans toutes les fouilles faites en Étrurie, à Phaleri, Veies, Сеге, Tarquinies, Vulcie, Volsinies, ete., de nombreux fragments de verre ont été | trouvés, Les musées de Rome et de Naples en renferment de précieux échantillons. Les visiteurs peuvent y admirer des patéres, des urnes, des amphores et des pâtes émaillées de plusieurs | couleurs. | Le grand tombeau découvert par le général Galassi et l'archiprètre Regolini, dans l'antique cité | étrusque de Сеге, offre une particularité que M. Raoul Rochette signale еп ces termes : « Les corps ensevelis dans cette chambre avaient été vêtus d'un filet à mailles formé de grains > d'émail, d'un vert bleuâtre, absolument semblables, pour la pâte et pour la couleur, à ceux qu'on » a recueillis dons les tombeaux égyptiens, et alternant avec des grains plus gros de corail, propres » à faire ressortir l'ensemble du travail ; et c'est ici un trait infiniment curieux pour la connais-
(1) Grand ouvrage de 1» Commission française en Égypte. Texte. Arts et métiers, t VI.
(2) Voir les nombreux articles publiés par М. Raoul Rochette, dans le Journal des savants, soit lorsqu'il raconte son voyage sur les lieux où s'opéraicat les fouilles, soit lorsqu'il fait l'analyse des ouvrages traitant du même sujet,
Au moment өй nous écrivons ces lignes, nous apprenons la mort de M. Raoul Rochette. Qu'il nous soit ар ” permis de rendre ісі un dernier hommage à cet illustre et infatigable savant, dont nous nous lonorons d'a- сүэ
At] voir suivi les lecons. | 7) Cp {
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de QUELQUES MOTS SUR LE VERRE. . ххх
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{$ » sance des antiques rapports de la civilisation étrusque avec l'Égypte, qui ne peuvent s'expliquer
» que par le commerce des Tyrrhéniens et le souvenir des traditions qu'ils avaient apportées avec » eux dans leur émigration de l'Asie (1) » La Péninsule tout entière nous procure encore de belles découvertes. Nous indiquerons au lec- | teur les nombreux objets recueillis par 8. А. R. le comte de Syracuse, à Cumes, la plus ancienne de toutes les villes grecques de l'Halie et de la Sicile (2), ainsi que les collections formées dans le royaume de Naples, par le marquis Campana, et celles qui se trouvent dans le musċe Bourbon et dans les différents musées romains. Les ouvrages qui ont décrit, analysé et commenté les antiquités provenant des fouilles faites depuis 1715, dans l'Étrurie et la Grande Grèce, sont excessivement nombreux; ils sont cités et ana-
lysés, pour la plupart, dans le Journal des savants (articles de M. Raoul Rochette) (5).
Grèce. |
Pendant longtemps on s'est demandé si les Grecs avaient сопли le verre; cette question ей pu ге posée, tout au plus, pour la fabrication. Était-il possible que la Grèce, qui а répandu sa civilisation sur toutes les contrées, et qui еп échange а reçu les idées des autres peuples, ait pu ignorer ce que en dehors d'elle on rencontrait à chaque pas? Déjà, au temps d'Alexandre, la
fusion de l'Orient et de l'Occident s'était rapidement complétée,
Il n'était donc pas admissible que les Grecs eussent ignoré lo fabrication da verre, Les textes d'ailleurs l'indiquaient. Homère, pour désigner les vases qui ne vont pas au feu, se sert communé- ment du mot туро (4). Athénée qui écrivait, environ un millier d'années après Vimmortel chantre de Iliade, et qui nous a laissé un ouvrage si remarquable sur les usages de la table chez les Grecs, désigne par la mème expression les vases de verre. Ce rapprochement est important et significatif,
к Aristophane, dans sa pièce des Acharniens, et dans celle des Nudes, emploie le mot Уай, auquel divers auteurs ont donné une signilication trop étendue. Son étymologie (il vient de hal
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qui, en hébreu, signifie sable) indique suffisamment le produit fait avec le sable, c'est-à-dire le serre.
Athénée (5), qui déclare avoir écrit son Banquet des savants à l'aide d'anciens manuscrits, nous
(4) Raove Ңосакттк, Journal des savants, 1845, р. 281; voir aussi Р. S. Viscoxri, Antichi monum, sepaler, soperti nel ducato di Ceri. Roma, 1856, in-fol. ; Deseriz. di Сето antica dal I. Canisa. Roma, 1838, in-fol. ; Monum. di сете antico dal L, Give. Roma, (841, in-fol.; Ann. dell" fast, arch. Т. ҮП. Kaama et Poretti.
{2) Monum ‚ сит possed, di 8 A. R, il. conte di Siracusa, ete. Napoli, 1855.
(3) Le Bulletin des Annales de l'instit, de corresp, archéol. renferme aussi ua grand nombre de Mémoires intéressants sur les vases ct autres objets trouvés dans la Péninsule italique.
(4) + I assigna pour prix, au cinquième, un phialée à deux anses qui n'allait pas au feu ».
Homwéae, L. ХІ.
Ailleurs il dit sept trépieds { cratères) qui n'allaient pas аш feu. (5) Les deipnosophistes ou Banquet des savants, trad, de M. de Villebrunc. Paris, 1789.
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XXX | QUELQUES MOTS SUR LE VERRE.
apprend que sur les tables on voyait un grand nombre de vases de verre blancs et colorés, entre autres, le baucalis (Вокал). (1), le lesbion (Adesi) (2); il parle aussi de plats de verre posés dans des réseaux d'argent (3), et il ajoute que les habitants de l'ile de Rhodes fabriquaient әуес des aromates des pâtes vitreuses odorantes (4).
Les découvertes modernes ont éclairé la question et dissipé tous les doutes. Les antiquités recueillies en Étrurie proviennent en grande partie des fabriques de la Grèce, ou du moins sont dues à des artisans de ce pays. П y eut dans le principe une espèce d'étruscomanie qui portait à attribuer le mérite de toute fabrication à l'Étrurie ; mms on revint bientôt d'une telle erreur et on rendit aux Grecs ce qui leur appartenait, C'est се qui faisait dire à Millingen : This Etruscomania so long prevalent, is, however, now completely exploded , and it is universally acknowleged, that the vases in question are Greeck, or of thoses countries where greek manners and institutions prevailed (5).
Les savants reconnurent dans beaucoup de ces vases l'habile manière des célèbres fabriques de Corinthe, de Sicyone et d'Égine ; et les fouilles ultérieures, opérés dans les tombeaux du Céra- mique, du Pirée et d'Égine, confirmérent leurs appréciations.
Les vases de verre que Гоп trouve le plus communément sont des cratères, des lécythus, des ptérotos et des oxybaphons ou petits plats.
Les Grecs employérent le verre à des usages trés-vuriés. Théophraste (6) nous indique claire- ment qu'ils savaient, au moyen de pâtes vitreuses, imiter les pierres fines. La tradition nous rap- porte que les Grecs ornérent, les premiers, les pavés de leurs temples et de leurs palais de compartiments et de tableaux imitant la nature; ils у firent entrer le verre de couleur, soit à cause de sa dureté et de son éclat, soit à cause de la facilité qu'ils avaient de lui donner toutes sortes de nuances, facilité qu'ils ne pouvaient trouver dans les marbres ou dans les autres pierres naturelles (7). Ils avaient aussi l'habitude, au dire de Philostrate (8), de couvrir d'un enduit d'émail des carreaux de terre cuite qu'ils faisaient recuire, ils en formaient méme toutes sortes de figures.
(1) Imo., L. ХІ. ch. 4. Le véritable baucalis venait d'Alexandrie. (2) Iso., L. ХІ, ch. 11, 11 cite еспе phrase tirée d'une épi „гате d'Hédyle : танын Жағда if sine, Un lesbian de verre de pourpre.
(3) Imp., L. IV, ch, 11.
Lorsque nous ейгпез assez bu, on nous servit encore à tous un plat de verre, d'environ deux eoudées de diamètre, daus un réseau d'argent сі rempli de toutes sortes de poissons, ete-
(4) Tew., L. ХІ, ch. 2.
(5) Ancien unedited Monum, — Painted Groeck vases collect. in various countries, ctc., by Jawes Миллхввя, Londres, 1822, introd., р. 5.
M. Raoul-Rochette partage les mêmes idées et s'exprime ainsi :
Les premiers vases trouvés en Étrurie firent abusivement donner le nom d'Étrusques à tous les vases qui leur ressemblaient, quoiqu'ils provinssent de la Grande-Gréce ou de l'Attique, ou des iles de la mer Еңсе,
Des fabriques de verre furent, comme celles de poterie, établies dans l'Altique, sans doute par l'effet de ces anciennes traditions de commerce et d'industrie que les Phéniciens avaient laissées sur le sol attique.
(Journal des savants, 1842, Art. intitulé : Otvere, sur tes anciennes fabrig. de vases peints en Grèce. )
(6) Тиќогпа,, Traité des pierres.
(7) Voir Ракам Levinas, d'Art de la peinture sur verre. Paris, 1774, in-fol , p, 9.
(8) Ршцозтватк, les Tableaux,
э QUELQUES MOTS SUR LE VERRE. ххх! м!
» durée. Les sels que l'air charrie venant à s'y allacher, en mangeaient les couleurs et en rédui- » saient la surface en poussière. On employa alors des cubes de verre pleins, de couleurs métalli- » ques, et on obtint une solidité parfaite » (1). Nous savons enfin que des verreries de la Grèce sortirent des objets de différentes formes. Archimède aurait fait faire pour la bibliothèque d'Athènes, une sphère toute de verre, Des tubes, réunis en faisceaux et soudés ensemble, étaient coupés par
ч « Mais ils s'aperçurent bientôt, dit Pierre Levieil, que cette peinture en émail n'avait pas de
tranches et servaient de vitres aux fenêtres, ete., ete.
Comme preuve à l'appui de l'habileté des artisans de In Grèce, nous citerons le magnifique do- lium, ou tonneau de verre trouvé tout récemment dans la campagne de Naples, sur l'emplacement de Cumes. Ce rare et précieux objet, reproduit par l'Alustration anglaise (2), nous parait dater d'une époque déjà assez avancée de la civilisation grecque.
Rome.
Rome se forma au milieu d'un pays où des verreries étaient déjà établies depuis longtemps, et, dès son origine, elle fit usage du verre; il en fut, du reste, de cet art comme de tous les autres : le génie romain se l'appropria avec une merveilleuse facilité.
Les verriers occupaient à Rome des quartiers séparés. Martial nous apprend que, de son temps, il y avail une verrerie dans le cirque Flaminien (5), et Martianus en place d'autres près du mont Carlius, à côté des charpentiers (4).
L'art de la verrerie fit de rapides progrès et déjà, à l'époque de Sylla, 1а fabrication était assez importante pour pouvoir fournir, en quelques jours, toutes les plaques de verre nécessaires à la décoration complète du premier étage du théâtre élevé par Marcus Scaurus, et dont Pline nous a conservé des détails presque fabuleux (5). Les produits des ateliers romains n'étaient pas seulement nombreux, nous sommes obligés de reconnaître qu'ils étaient supérieurs aux nôtres sous bien des rapports. Nous passerons sous silence le prétendu verre malléable, présenté à Tibère et dont la découverte cotta la vie à son auteur, fable reproduite pour l'époque de Richelieu; mais nous par- lerons des verres formés de plusieurs couches de différentes couleurs et ciselés au tour par des moyens qui ne sont pas parvenus jusqu'à nous. |
Les Romains semblent avoir connu toutes les manières de travailler les pâtes de verre et d'è-
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(4) Preane Levien , Essai sur la peint, en mosaique, Paris, 1768, ia-12, р. 25.
(2) Лізай. Lond. News, Apr, 1854,
(5) Manr., L. ХИ, еріңг. 79.
Фаш tibi Niliacus portet erystalla cataplus ; Sunt mihi de circo pocula Flaminio.
(4) Topogr. ram.; L. IV, C. 1,
(3) L'amphithéåtre pouvait contenir 80,000 spectateurs. Le théâtre proprement dit, ou la scène, était soutenu par 360 colonnes et divisé en trois étages. Les colonnes du premier étaient en marbre, eclles du second en verre, luxe inoui, dont on n'a pas d'autre exemple (media e vitro, інамійо etiam postea genere luzuriæ); celles du troisième, eu bois doré. 5,000 statucs de bronze ornaient les entre-colonnements, ete.
Рихе, L. XXXVI, С. 24.
* О) MOOS v ( 99 XXXII QUELQUES MOTS SUR LE VERRE. ЕД mail. 118 imitaient les pierreries et les perles, Pétrone parle de fausses perles de la grosseur et Ё
de la forme d'une fève (1), et Trebellius Pollion raconte à се sujet que l'Impératrice, épouse de | Gallien, avait été trompée par un joaillicr qui lui avait vendu des perles de verre pour des pierres Í fines et naturelles (2). Ces friponneries, souvent répétées, avaient fait dire à Tertullien: Tanti vitreum quanti margaritum (5).
On conçoit que ces artistes, si habiles à imiter la nature, ne devaient pas être moins adroits à combiner les pâtes d'émail, de manière à former des dessins et des tableaux, soit sur les vases, soit sur des plaques de verre. Les villes d'Herculanum et de Pompeii, exhumées de leurs cendres où elles étaient restées ensevelies pendant plus de sept siècles, les tombeaux antiques et les tombes sacrées des martyrs décorées par la ріМе des fidèles, nous ont offert une foule d'objets d'une haute valeur.
Nous allons les passer rapidement en revue, еп ne nous arrétant qu'à ceux qui nous offrent de l'intérêt au point de vue de nos études.
En première ligne se placent les vases de verre ornés de figures en relief, tantôt d'un ton clair, tantôt de diverses couleurs, sur un fond brun et d'une exécution si parfaite qu'ils n'étaient guère inférieurs aux beaux vases de Sardoine. Un des plus remarquables est, sans contredit, celui qui fut nommé, sans raison, l'urne d'Alexandre Sévére (4). Le Cabinet des médailles, à Paris, ren- ferme une collection nombreuse de vases décorés de zigzags et de chevrons blancs et jaunes sur fond d'opale.
Nous donnons dans ect ouvrage (2) le dessin d'un vase de fabrication romaine, trouvé dans un tombeau, à Cologne, au commencement de 1844, et déposé au Musée de Bonn. Cette jolie pièce de verre se trouve dessinée et décrite dans les annales allemandes intitulécs : Jahrbücher des vereins von alterthumsfreunden im Rheinlande (6).
Cette coupe, d'une pate de verre opale, est d'une délicatesse de travail à laquelle les plus habiles ouvriers d'aujourd'hui ne pourraient pas atteindre, Les parties saillantes, les lettres qui sont détachées de quelques lignes du corps de la coupe et qui n'y tiennent que par quelques filets déliés, ont été entièrement découpées au touret. Elle porte une de ces inscriptions que l'on rencontre sou- vent sur les vases à boire des Romains.
Il y manque les deux premières lettres, mais la voici rétablic : mue ата к?л.
Une autre coupe, d'un travail et d'une disposition semblables, avait été déposée dans le même tombeau; sa dimension est un pea plas grande et son inscription, qui rappelle la précédente, est celle-ci : BIDE MULTIS ANNIS.
(1) Perno., С. 7. Purse, L- XXXVI, С. 26; L. XXXVII, С, 6, 7 et 8.
(2) Trepect. Port, in Gall.
(3) Tenreis., Mart, L. IV.
(4) Wiszeru., L. I, ch. I, $ 28; et les auteurs cités dans les notes de Carlo Féa et de Janssen,
(5) Voir le vase dessiné en cul-de-lampe, à La fin du chapitre, d'après la gravure du Jahrbächer des verrins con alterthumsfrennden, 1844, taf, XI u ХИ, Fig, 2.
(6) Année 1844, page 320.
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QUELQUES MOTS SUR LE VERRE. ххх
Nous reproduisons ici, en note, l'intéressante description d'une coupe semblable, empruntée à l'ouvrage du savant abbé Winkelmann; ce qui nous permet de rapprocher deux objets analogues et trouvés à cent ans de distance (1).
Nous ne nous arréterons pas à décrire les différentes espèces de vases de verre, tels que les alassontes dont les nuances étaient changeantes, tels encore que les lacrymatoires ct les urnes de genres variés, où ces petits vases d'un prix élevé, imitant le cristal, et si ligers qu'ils semblaient avoir des ailes et qu'on les appelait pterotoi, ou nimbi vitrei (2). Nous ne ferons également que signaler les moules de pierres gravées en ereux ou en relief, faits avec les mèmes pâtes vitreuses transparentes ou teintées, ainsi que certains instruments de jeux : les halles, pilæ vitreæ lu- soria; les dés, tesseræ егіма іне; et des pièces pour les échees, latruneuli latrones vitrei; mnis nous allons établir comment, sur les bords du Tibre, on entendait la peinture sur verre, et à quel usage elle était destinée,
Les Romains savaient appliquer l'or et l'argent sur le verre et en former des dessins. Le savant de Caylus а indiqué les procédés dont on suppose qu'ils se servaient (2). L'or était de preference incrusté sur les verres bleus dont on faisait des vases ou des médaillons.
Avec l'application de couleurs simples et vitriliables, ou nu moyen de plusieurs couches de verre superposées et découpées au touret, ils composaient des tableaux ou des bas-reliefs pour la décoration des appartements (4). D'abord се ne fut que de simples plaques de verre noir et dans lesquelles on ne pouvait apercevoir que l'ombre des objets, ce qui surpre-
(1) « On peut se former une idée de l'hubileté des ouvriers à travailler le verre, d'aprés la précieuse coupe ou tasse antique découverte environ l'an £727, et qui se trouve aujourd'hui dans le cabinet de М. te » marquis Trivulsi. » La tasse est extéricurement enveloppée d'une езргее de Gilet, qui est distant d'environ trois lignes de la coupe, à laquelle il tient par des fils ou des fûts de verre d'une grande finesse, placés à des distances égales les uns des autres. Au-dessous du bord de la coupe, il у а en caractères proëminents et atlachés au fond, de la méme manière que le filet, par des fûts longs de deux lignes ou un peu plus, l'inscriplion suivante qui tourne autour de la coupe : men, vivas MULTIS алмая ; ес qui estune de сез exelamations dont on se servait au repas, et que les anciens avaient coutume de mettre sur leurs vases de verre. » Cette coupe n'a ni pieds, ni base, comme cela est assez général aux coupes antiques; de sorte que pour » les faire tenir droites, il falait se servir d'une buse creuse par le milicu, qu'on appelait engytheca оц » angolheea.
» Les caractères de l'inscription sont verts et le filet est Мен: ces deux couleurs sant assez vives. La coupe » même est de la couleur de l'apale, formant la gorge de pigeon par une nuauce de rouge, de blane, de a jaune et de bleu, ainsi que cola est propre au verre qui a resté longtemps sous terre.
» Ni le filet, ni les caractères n'ont eertainement pas été soudés à ladite coupe; mais le tout a été fait au » tour, sur une masse solide de verre froid, de la méme manière qu'on fait les caves, On aperçoit visible. » ment l'action du touret sur les fits, lesquels sont plus ou moins anguleux, suivant que l'instrument а pu y » pénétrer.
» Pline parle de cette espèce d'ouvrage (L. XXXVI, С, 26), et il y décrit les différentes manières dont оп » donnait de son temps une forme au verre sortant du four : on le fomdnit de nouveau et on le teignait de + quelque couleur; tantôt on lui donnait, par le moyen du vent, telle forme qu'on voulait, tantôt on le » travaillait au tour, quelquefois aussi on le дғауай au ciselet comme l'argent, »
Wiswena., ist, de l'art, Paris, ап ІІ. Note iles éditeurs de Milan, au § 20 du ch. 11; L. 1.
(2) Voir А. Рети, Examen de deur passages de Pline relatifs й L'art de Ta verrerie, dans les Mém, de Га Sue, des antiq, de Normarat., tom. IV, in-#*, 2° série.
(5) De Caves, Йес, d'antig., te 1, р. 202, 279, 204 et 99%,
(4; Ces plaques de verre décoratives étaient appelées Vitree quadrature.
iu ІЗ
9 nuv QUELQUES MOTS SUR LE VERRE.
+} пай les personnes qui s'y voyaient pour la première fois (1). Mais bientôt on orna les marbres qui servaient de revétement aux murs, avec des bas-reliefs de verre, des arabesques et des festons peints coloriés de même matière (2). On а recueilli dans les décombres des villas romaines plusieurs fragments de tableaux peints sur verre. « J'ai vu moi-même, dit M. Batissier (5), dans la collec- > tion de feu M. Bartholdy, un de ces fragments de peinture avec le pan de muraille qui y était » encore adhérent, et qui suffirait seul pour montrer quel avait dù être dans l'antiquité lem- » ploi de ces sortes de verre peint ou sculpté (4).
Plusieurs bas-reliefs sont arrivés jusqu'à nous. Buonarrotti (5) et Winkelmann (6) ont publié et décrit celui du musée du Vatican qui représente, sur un fond bleu d'azur, une scène dionysiaque, d'une exécution qui rappelle les plus beaux camées antiques. Passeri (7) et Olivieri (8) еп ont publié plusieurs; le plus important est sans contredit un taurobolium de plus de trois pieds de long, avec délails, accessoires et inscription.
Les Romains excellérent surtout dans les peintures en mosaique (musivum opus). Tantôt elles étaient formées de cubes de verre, dont l'assemblage se faisait aa moyen d'un ciment fin, et dont les combinaisons représentaient de grands tableaux destinés à décorer les aires, les parois et mème les voûtes des appartements. Parfois on les disposait en tables portatives. Jules-César emportait tou- jours avec lui, dans ses expéditions lointaines, de сез tables de mosaïques pour en orner sa tente. Тап elles se réduisaient à des proportions microscopiques, et devenaient des bijoux d'un grand prix. Les cubes de pâte et d'émail étaient alors remplacés par de longs fils de verre qui, une fois réunis, se soudaient ensemble par la chaleur. On comprendra alors aisément que le dessin ne se trouvait pas seulement à la surface, mais traversait la masse entière pour se reproduire sur l'arrière- face. Les artistes verriers, dont l'habileté à couper le verre était trés-grande, formaient ainsi des masses assez épaisses, qu'ils divisaient ensuite par tranches, et ils obtenaient plusieurs reproduc- tions exactement semblables du même dessin. M. Hamilton a possédé à Naples une de ces baguettes de verre en mosaïque, dont l'extérieur était bleu et dont l'intérieur représentait une sorte de roue de diverses couleurs.
Ce serait dépasser notre but que d'entrer dans de plus grands détails sur la peinture en mosaïque ; nous nous contenterons de donner ici, d'après Winkelmann, la description d'un de ces délicats ouvrages :
(4) Sexec, Ер. 86.
Stace nous apprend aussi que les murs et les plafonds des bains d'Étruseus étaient garnis de bas-reliefs ou frises de verre de différentes couleurs. (®тас. Sytv., L. 1, с. 5, v. 42.)
(2) Voir Рыме, L. XXVI, с. 64; Үоғізс, in Firm,, с. 5; Buoxan., Ossere. sopra alcuni medagl. ant., р. 457; Passant, іне. fictil, tav. 76; Оу, Dissert, sopra duo tav, di avor., р. 469, Raovt-Rocn., Peint. ant., 1830, ete,
(5) Ouvr. déjà cité, р. 642.
(4) De Cavivs parle ainsi sur le même sujet : Les passages des auteurs et quelques monuments de cette matière m'ont mis en droit de regarder le verre comme un des grands objets de décoration dans Іс temps du | luxe et de la splendeur des appartements, |
П (5) Всохавкотті, Oveero. istor, зоре, ale. medagl., р. 457.
(0) ХҮзхккім., Mist. de l'art,
(7) Passent, Lue. fict. (8) Ому. , Sopra duo fav. di avor,, р. 60. 5
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QUELQUES MOTS SUR LE VERRE. xxxv
« L'un de ces morceaux, qui а à peine un pouce de longueur sur un tiers de pouce de largeur, offre, sur un fond obscur et diapré, un oiseau qui ressemble à un сапаға, et dont les couleurs
sont trés-vives et très-variées, mais qui représente plutôt une peinture chinoise qu'un ouvrage
fait d'après nature, Le contour en est sùr et franc; les couleurs sont belles et pures, d'un effet
très-doux, parce que l'artiste y а employé tour à tour du verre opaque et du verre transpa-
rent. Le pinceau le plus délicat d'un peintre en miniature n'aurait pu rendre plus nettement le
“
cercle de la prunelle, ainsi que les plumes de la gorge et des ailes, à l'origine desquelles се mor-
сеги est cassé, Mais се qui surprend surtout, c'est que le revers de cette peinture offre le même
oiseau, sans qu'on puisse y remarquer la plus petite différence dans les moindres détails. On
peut conclure d'après cela que la figure de l'oiseau est continuie dans toute l'épaisseur du
тоғсепи. » Cette peinture est composée de différentes lames de verre coloriées, qui, mises en fusion, se sont unies en se fondant (1). >
П résulte, de ce que nous venons de dire, que les Romains exécutaient des peintures sur verre, soit par l'application de couches de verre et d'émail sur des fonds de même matière, soit en assemblant différentes lames ou cubes de verre pour en former des mosaïques. Pourquoi donc, si nous admettons que les fenétres ont pu être closes атес des vitres aussi bien qu'avec des pierres spéculaires, n'admetirions-nous pas également que ces vitres ont élé peintes et coloriées ?
M. l'abbé Barthélemy (2) s'exprime ainsi : « Comme les Romains savaient l'art de peindre sur le » verre, et qu'on ne voit pas qu'ils aient appliqué de couleurs sur la pierre spéculaire, peut-être » faut-il entendre d'une fenétre de verre се que Martial dit dans l'épigramme XIX” du livre ХІ :
a Donasti, lupe, rus sub urbe nobis т Sed rus est mihi magnus in fenestrd, *
А сеце citation nous pourrions ajouter la suivante, qui est de Vitruve (5) :
4 Propter inopiam coloris indici cretam selinusiam » Ant annulariam , vitrumgue inficientes , » Imitationem faciunt indici coloris. +
La question des vitres aux fenêtres ne fait plus de doute depuis qu'à Herculanum et à Pompeii il en a été découvert. Winkelmann, Bellori et Mazois les ont décrites, Mazois (4) en a eu en sa pos- session qui pourraient, disait-il, (re comparées aux plus belles vitres modernes. Mais comme la clôture des fenétres, qui, du reste, étaient peu nombreuses et d'assez petite dimension, se faisait également avec l'albátre, le tale, le lapis phengites, que l'on découvrit en Cappadoce et en Espagne
(1) Мк, L. 1, § 22. (2) Voyage en Matie, in-B-. Paris, 1801, p. 248. (5) L. VIL, cap. 14. (4) Les vitres romaines étaient posées dans une rainure et retenues de distance en distance par des boutons tournants qui se rabattaicnt sur les vitres pour les fixer. Mazors, Ant, de Pomp., 3° part, p. 77.
XXXVI
QUELQUES MOTS SUR LE VERRE.
avec des treillages, transennæ, des volets, el, enfin, avee des tentures, vela, l'emploi des vitres fut peu répandu.
Si nous quittons la Rome païenne pour nous adresser à la Rome chrétienne, et si, dans ce but, nous descendons dans les catacombes, nous y trouverons des objets de verre et d'émail bien pré- cieux pour l'art et l'histoire.
Ce sont d'abord de nombreux fragments de vases de verre sur lesquels on lit ces mots : bibe, vive; et qui furent employés, suivant toute apparence, 4 la célébration des agapes chré- tiennes. Ces fragments étaient collés au dedans et au dehors des sépulcres, comme autant de monu- ments de ect acte de piété de nos premiers fidèles (1).
On trouve encore, dans ce vaste muste funéraire, de petits médaillons en verre bleu avec des dessins gravés en or à l'efligie de saint Pierre et de saint Paul (2), oa représentant les premiers sujets de l'iconographie chrétienne et les figures symboliques de l'agneau, du poisson, du eerf se désaltérant, du coq, du paon, du phénix, du serpent, des palmes, des couronnes, des navires vo- guant en pleine mer, ete. On у trouve aussi des cornes, des ampoules, des vases de différentes
espèces et des verroteries de couleurs bien conservées (3).
Les auteurs qui ont écrit sur les catacombes sont nombreux; nous ne pouvons que renvoyer le
lecteur aux principaux, tels que Bosio, Bottari, Arringhi, Boldetti, Micali, Ficoroni et bien d'au- tres, qui lui apprendront à connaitre les premiers monuments de l'ère chrétienne; nous l'engage-
rons aussi à visiter le musée du Vatican et le musée nouveau dit des Catacombes, où sont rangis
les monuments eux-mêmes en quantité considérable.
Pour donner une idée de la manière de mouler, de dorer, d’argenter, de colorer et de ciseler le
verre à celte époque, et de la haute valeur des objets de cette matière, nous empranterons à Buonar-
rotti la déseriplion suivante :
verre.
« Le verre que j'ai fait graver fut trouvé dans le cimetière de Sainte-Agnès, en 1698, et je me félicite «Гел avoir fait prendre le dessin sur-le-champ, car, peu de jours après, il s'en alla en éclats et il n'en resta pas la moindre partie, Il était de bonne manière et du plus bean travail; le fond était bleu, la bordure arabesques, les caractères, la jeune fille, les enfants et les faii- ceaux que Cun d'eux tenait, la corne d'abondance, lurne et les roseaux, tout cela était d'or; Chabit de la femme était d'argent, les cheveux chatain clair; la figure principale, c'est-d- dire celle de l'homme, était en or, ainsi que la draperie qui lui descendait de dessus les épaules ; mais cette dernière, dans la partie qui lui couvrait les genoux, était en argent et rayée de pour- pre; l'eau qui coulait de Turne était de couleur vert-de-mer ; les fruits que (а jeune fille por- tait dans les replis de sa robe, étaient rouges et or, et ceux qui sortaient de la corne «Ғаһан-
dance étaient, аш contraire, de leur couleur naturelle; le feston, porté par un des enfants
(1) Telle est l'opinion de М. Raoul-Rochette, exprimée dans son Mein. sur tes antiq. chrétiennes. Mèm. de l'Anst. royal des inseript, of belles lettres, Т. NUM. 1858.
(2) Saint Jérôme dit formellement qu'il était d'usage de peindre la figure de ces apôtres sur des vases de Sama Henos., Comment, in Геом, Joh, С. IV, (5) Voir le grand ouvrage de M. Louis Perret : Лота aubterr. PI, 19, 27, 55, 55, 59, 49, 51, ete.
| |
QUELQUES MOTS SUR LE VERRE. XXXVII
» ailis, était mélé d'or, de vert et de rouge; enfin, le vase d'or que portait le troisième génie, » était dessiné par des traits de couleur rouge, à l'exception d'un rang de petits ronds qui étaient » coloriés en noir, et de ces lettres : Karte, qu'on y lisait et qui étaient rouges (А). »
Enfin si, quittant Italie, nons revenons en Occident, nous verrons que l'art perfectionné de la verrerie y précède la civilisation. П arrive à la suite des armées romaines et s'établit en conquérant dans le pays. Aussi dans les fouilles qui mirent à découvert les tombeaux de nos ancêtres, les plus anciens objets de verre sont les plus beaux, parce qu'ils proviennent de ces artistes si habiles, accourus de Ја Péninsule, Après eux se placent les produits de fabrique indigène, bien faciles à reconnaitre à leurs formes et à leur style incorrecte.
Le lecteur pourra consulter à ce sujet toutes les Annales archéologiques de France, de Belgique, d'Allemagne et d'Angleterre, Nous indiquerons particulièrement, pour la France, le savant et remarquable ouvrage de М. l'abbé Cochet, intitulé : La Normandie souterraine (2), dont les aper- сїз sont fins, ingénieux et toujours justes.
La tout est classé méthodiquement, et comme le verre joue un grand rôle dans се que je pourrais appeler l'emménagement des tombes anciennes, nous у trouverons de nombreux et précieux rensei- guements sur les genres et les formes variant suivant les époques. Ce sont d'abord des verres à côtes, des fioles lacrymatoires à bases aiguës, plus loin des ampoules, des urnes pleines d'osse- ments brûlés, ailleurs des barillets portant le nom du fabricant; се sont encore des bracelets sem- blables à celui que nous avons donné en tète de ee chapitre, et qui а été emprunté à lou- vrage de l'abbé Cochet; tout cela brille des plus vives couleurs et atteste l'habileté avec laquelle on maniuit le verre et l'émail dés le commencement de notre civilisation.
Ce qui ajoute un vif intérét à сез études, c’est la comparaison que Гоп peut établir entre les travaux faits dans les différents pays et qui viennent se corroborer et se confirmer mutuelle- ment. Parcourez les ouvrages des Raoul-Rochette, des Lenormand, des Roulez, des Schayes, des Akerman, des Schapflin, des de Caumont, des Roach-Smith et de tant d'autres savants archéologues, et vous reeonnailrez quel admirable accord la science approfondie a fini par établir entre tous сєз antiquaires dont les discordes étaient jadis devenues proverbiales.
Les découvertes faites en Belgique ont démontré que la fabrication du verre бай déjà trés-avancee à l'époque de la domination romaine, car il ne faut pas croire que les Romains sient importé dans la Belgique et les Gaules la connaissance du verre (5). Déjà Pline nous apprend que, de son temps, les Gaulois connaissaient l'art de la vitrification et même celui de Та mosaique, Tous les objets de verre provenant de ces découvertes ont été savamment décrits dans les Mémoires de l'Académie de Bruxelles par MM. Roulez, Borgnet, baron de Selys-Longchamps, Schayes, de Witt et Galesloot.
Nous y remarquons d'abord la description de quelques voses (reproduits en dessin) trouvés dans
{1) Bvoxanzorrtt, Osserv. sopra ale, [ramm. di vasi di ant. di vetro, In-4°, р. 216, tav. 20. (2) Rouen, in-#", 1824. (5) Из у ont seulement apporté leurs savants procédés.
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XXXVI QUELQUES MOTS SUR LE VERRE.
des tumuli près de Namur, et appartenant à l'époque de la domination romaine (1); un véritable lacrymatoire découvert en 1852 dans le grand-duché de Luxembourg. Ce petit flacon déposé dans les cendres d'une urne romaine, était de forme globulaire, de couleur bleue, entouré de filets en verre blanc, superposés en spirales irrégulières du haut en bas de la fiole. 11 contenait un liquide qui, analysé par M. le professeur Reuter, а été reconnu provenir de larmes, répandues à la mort du défunt (2). On trouva enfin dans un cimetière franc, au village d'Heulchin, province de Hainaut, de gros grains de collier en ambre, en verre et en terre cuite, émaillés de diverses cou- leurs. « Or, ajoute M. Schayes dans son intéressante et très précise Notice, les grains de collier de » cette espèce et les plaques d'agrafe et de ceinturon en or, en argent ou en cuivre, incrustés de » verre, appartiennent essentiellement à l'époque franque ct mérovingienne (5). »
La plupart de ces objets sont déposés dans le Musée royal d'antiquités, à Bruxelles, et mé- thodiquement classés par son savant conservateur.
Ісі s'arrêtent nos préliminaires : nous avons voulu, pour ne pas mettre de confusion dans nos études, établir par avance quel rôle, dans les temps antiques, avaient joué le verre et l'émail. Nous avons vu qu'ils ont été connus de toute antiquité, que pétris et colorés de mille manières, ils s'étaient prétés à des usages aussi multiples qu'ingénieux; nous allons les voir maintenant subir une nouvelle transformation pour embellir nos églises et devenir, au commencement du moyen âge, un des plus puissants moyens d'instruction chrétienne.
(1) Bulletin de l'Académie de Bruxelles, notice de М. Borgnet. 1845, {er vol,, р. 491.
(2) bid, 4853, t. I, р. 428. Voir aussi la notice de М. Roulez sur les lacrymatoires. 16.,1, V, p.226 etsuiv. (5) 044, 1804, t L, p. 419.
Vase romain trouvé dans un tombeau à Cologne et déposé аш Musée de Boan. Voir page ait.
—— з __ а обесе: ROD ы REC
HISTOIRE :
DE LA
PEINTURE SUR VERRE.
ә", Voalez-vyous saaver de leur reine quelqu'an de oes vieux monuments quo bea siècles laissent arriver jusqu'h mous comme héritage sacré? Faites vous ouvrir les vivilles caves de Saint-Denis, ot sortez-co avec respect Les vitraux ой sout inscrits faits de nos croisades, мыз L'Avxennois, par be Comte Horace de Viet-Costel, L'Artiste, tomo À, page 305 )
CHAPITRE PREMIER.
Temps antérieurs au XI" siècle. — Vitraux de couleur aux Fenttres des églises. — Premières vorritres ornées de figures peintes.
dont l'étendue а cependant dépassé les limites primitivement tractes, nous avons dù négliger un grand nombre de détails et ne prendre que les faits principaux. Nous nous sommes contenté d'établir nettement l'état des arts et des procédés au moment ой va surgir la peinture,
sujet de notre étude. Le lecteur connait maintenant les produits du
verre et de l'émail, il les а suivis de siècle en siécle, de pays en
pays; mais jusqu'à présent il пе les а vu employer comme vitres aux fenêtres, qu'execptionnellement et dans des proportions restreintes. La civilisation ne tarde pas à passer de l'Orient en Occident et au Nord. Dans ces régions, nou- velles pour les arts, la température, souvent froide et pluvieuse, nécessite des ouvertures plus E
х к> 4 (1) Celte lettre est tirée d'un évangéliaire du IX™* siècle que Гов présume avoir appartenu à Charles le Chauve. Ман. de ta bibl. de Bourg.
— — ж 67) 2 As HISTOIRE DE LA PEINTURE SUR VERRE. $ Б Iv
Un poëte chrétien, le gendre de l'empereur Avitus, l'illustre évêque de Clermont, Sidoine Apollinaire, nous apprend que l'église, bitie à Lyon en l'honneur des Machabées par saint Patient, évêque de Lyon en 420, était ornée de vitraux peints. Sidoine Apollinaire composa , sur la demande | de saint Patient, une inscription pour l'église que ce prélat venait de terminer; il décrit dans une lettre, adressée à Hesperius, les détails de la cérémonie et les beautés de l'édifice; il envoie à |
son ami les vers qu'il a fait placer à cette occasion. Nous remarquons ceux-ci : |
s Ac sub versicoloribus fignris » Vernans herbida crusta sapphiratos » Flectit per prasinum vitrum lapillos • |1).
| «И est impossible de ne pas convenir, d'après ce passage remarquable de l'inscription de la
basilique des Machabées, dit M. l'abbé Bouë dans son intéressante Notice à ce sujet (2), que
saint Patient пе l'ait embellie de vitraux coloriés à figures peintes. » Sub versicoloribus figuris, | prasinum vitrum, sont des expressions trop précises, trop claires, pour laisser le moindre doute à la critique. L'EMPLOI DES VERRES PRINTS POUR L'ORNEMENT DES ÉGLISES REMONTE DONC, AU MOINS, AU ve SIÈCLE (5).
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| Dès celte époque nous constatons, dans les Gaules, l'existence de fenétres vitrées et, d'après се
| que nous venons d'établir, il nous est légitimement permis de penser qu'une grande partie de ces
| vitraux étaient coloriés et peints.
| Continuons les citations :
| Fortunat, évêque de Paiticrs, rappelle plusieurs fois, dans ses vers, le magnifique effet des ver- rières (4). Grégoire, de Tours, nous rapporte que des soldats pénétrérent, еп 525, dans une église,
en brisant ип vitrage (5); et déjà il nous avait appris qu'un voleur avait enlevé, également d'une
église, des châssis de bois garnis de vitres (б); celles-ei avaient done une certaine valeur et, sans doute, étaient couvertes de belles peintures.
14) «Sous des figures peintes, un enduit d'un кегі printanier fait éclater des suphirs, sur des vitraux verdoyants » OEcvass pe Si. Арома. traduct. de MM. Grégoire et Columbet. iyon, Мизан), 1820, dee vol., p. 175.
(2) Butletin monum., 1829, р, 526,
(3) М. de Caumont ajoute en note, à ln бо de l'article de М. Boué : « Nous ne pouvons que remercier М. Boué de ses intéressantes observations, J'avais été comme Ini, frappé de ce passage do l'inscription, composée par Sidoine pour l'église de Lyon; j'en ai parlé dans le chapitre de la Ge partie de mon cours, consacrée à l'histoire de la peinture sur verre. «
(4) Voir l'épigraphe placée en téte de l'introduction, Voir aussi, du méme : Сает. L X, SU. Í (5) Gażcome, L. VI, сар. X. Sh (6) Ibid. L. 1, сар LIX. 5 Б
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| | Pendant que із Gaule, initiée à la civilisation romaine et évangélisée par ses apôtres, faisait tourner à la gloire de Dieu ses premiers efforts dans l'industrie, en batissant de nombreuses églises ; pendant que te travail de la civilisation chrétienne s'accomplissait en Occident, l'empire d'Orient consacrait sa puissance et sa foi dans un monument qui marque une des principales époques de l'histoire de l'architecture.
Justinien accomplissait le rève de David; il luttait avec le fils du roi-prophète et, entrant dans l'édifice immense qu'il venait d'élever à la gloire du Très-Haut, il s'écriait : Je l'ai vaincu, д Salomon!
Dans eette basilique, dédiée par l'empereur à la divine sagesse, T4 дуд rosia, se trouvaient réunis tous les produits du luxe au б" siècle. De riches mosaïques ornaient les fenêtres aussi bien que les | parois et les voûtes, Quoique notre opinion à ce sujet soit formelle, nous devons reconnaitre que les écrivains qui nous parlent des merveilles de ect édifice et que Du Cange а rassemblés dans son Constantinopolis christiana (1), ne sont pas suflisamment explicites. |
Evagrius, Procope et Paul le Silentiaire s'étendent longuement sur les magiques flots de lumière irisée que d'innombrables fenêtres répandaient dans la sainte basilique (2). Is font entendre que les vitres étaient de couleur, mais ils ne disent pas clairement si celles-ci formaient des tableaux,
Le siècle suivant reste pour nous dans la même obseurité, En 65%, saint Philbert, fondateur de l'abbaye de Jumi¢ges (France), fait placer des vitres aux fenêtres des baliments claustraux, et dans la Vie de ce saint, écrite par ordre de Cochin, troisieme abbé du même monastère, on trouve
cette phrase: Singula per lecta lux тайга! per fenestras, vitrum penetrans, lumen optabile tribuens | legentibus. Dans le même temps, saint Ouen, dans la Vie de saint Eloi, mentionne aussi les vitres de l'église : Apparuit subito in pariete circa vitream maximam.
VII Au commencement du уше siècle, la France est donc en possession complète de l'art de la verrerie el envoie même des ouvriers dans diverses contrées, Les évêques anglais, saint Wilfrid et saint Benolt Biscop. Saint Anchaire et saint Rambert, apôtres de Suède et de Danemark, іші en | demandent et font décorer de vitraux leurs nouvelles églises (3). |
VIII
Ici se place un ouvrage important. L'auteur еп езі resté inconnu; mais l'esprit et le style de се
ч (1) Constentinopetis christiana, ex variis script, cout т/а, anctore Сино du Fresne, domino du 9 st Paris, 1680, 4 vol. in fol., fib, 1I, $1 et 110. Cange › % д
12} Voir pu Сахов.
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F; (2) Bera, de Werimdens. 1.1, е. V. ; )
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PA ALES ——————
HISTOIRE DE LA PEINTURE SUR VERRE. 45
manuscrit latin, reproduit par Muratori (1), doivent nous permettre d'en fixer l'époque jusqu'à un certain point, et de dire avec l'auteur italien qu'il est du commencement du уше siècle,
En voici le titre : Composttiones ad tingenda musiva, pelles, et alia, ad deaurandum ferrum, ad mineralia, ad chrysographiam, ad glutina quedam conficienda, aliaque artium documenta,
ante annos nongentos scripta.
Ce manuserit, écrit dans le style de la basse latinité du уше sièele, est excessivement remarquable au point de vue scientifique; méthodiquement divisé, il nous montre que déjà on était avancé dans 1а connaissance des produits du sol, et que la science chimique avait des règles fixes. L'art de teindre le verre n'était пі un mystère, ni le produit momentané du hasard, mais le résultat d'une étude acquise,
Ce traité fut évidemment composé en Italie, car il s'oceupe de l'analyse des corps du sol italien (2). Test probable que de nombreux exemplaires en étaient répandus dans les différents pays. Ce qui nous portrait à le penser, c'est d'abord la similitude des procédés en usage aussi bien en Gaule que dans la Péninsule, puis la parenté qui existe entre ce manuscrit et ceux d'Eraclius et du moine ‘Théophile dout nous parlerons un peu plus loin.
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Le vine siéele nous amène enfin le règne glorieux de Charlemagne et de nomoreuses constructions, Nous savons avec quel luxe l'empereur faisait ériger des édifices religieux et quel soin il prenait à leur entretien. Nous savons aussi combien ses relations avec l'Italie furent nombreuses, et quand méme d'habiles ouvriers verriers n'eussent pas été déjà établis en France, il en fût certainement venu avec lous ceux qu'envoya l'Italie sur la demande impériale,
Le silence des auteurs nous foree à nous en tenir aux suppositions, Ce manque de renseignements ne doit pas nous surprendre, parce que, à cette époque, les fenétres excessivement petites, n'étaient, en réalité, qu'un accessoire de peu d'importance ; le luxe se portait principalement sur les pava- ges, les parois et les voûtes; mais encore un peu de temps, et les choses changeront,
Le тхе siècle voit les verriers continuer leurs travaux en France, malgré l'incertitude des temps et les ravages des Normands. Quelques fails importants de cette époque nous ont (46 conservés.
L'historien de saint Benigne, de Dijon, qui écrivait vers Гап 1050, assure qu'il existait encore de son temps, dans l'église de ce monastère, un trés-ancien vitrail représentant sainte Paschosic, et que cette peinture avait été retirée de 19 vieille église restaurée par Charles le Chauve (5). Cette
(4) Menaront, Anfiquit, medii ævi, Шіметі. vigesimag. Tom. 11, col. 564.
(2) C'est ainsi qu'au paragraphe intitulé De coctione vitri, on lit: Arena est que naseltur in diversis leis, nascitur autem et in partibus Mulia in montibus; iste arena est autem, ... ete. (5) Ewenic ахаа, Mist do la peint. 11-18, 1842, p. 79.
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HISTOIRE DE LA PEINTURE SUR VERRE.
pointure remonte donc au moins jusqu'à ce prince, qui protégenit les verriers d'une manière toute spéciale,
L'abbaye de Saint-Amand conserve une charte de Charles le Chauve, accordant à deux verriers dont elle cite les noms, Ragenulf et Balderic, deux manses en jouissance commune avee l'abhaye. Cet acte de donation a été signé le douze des calendes d'octobre de la vingt-quatriéme année du терпе de ce roi (865) (1).
Le хе siècle est une époque de désastres et d'inquiétudes. De sinistres prédictions, accompagnées de présages plus sinistres encore, avaient annoncé la fin du monde; tout était paralysé, et les peuples, tombés dans le découragement, ne songeaient qu'au dernier jour. « Comme sur un navire » qui ха couler bas, dit M. Charles de l'Escolopier, le silence et 1а prière avaient remplacé la ma- > nœuvre et le travail (2). »
Quelques esprits supérieurs пе partageaient cependant pas ces terreurs superstiticuses; de ce nombre furent les illustres évèques de Liége, Eracle et Notger, les grands batisseurs de leur épo- que (5). Mais les efforts de quelques hommes d'élite ne furent pas assez puissants pour combattre сеце apathie, et les arts restèrent stationnaires.
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Ех BeLcique, le mouvement civilisateur suivit les mêmes phases qu'en France, et ce que nous avons dit pour la Gaule française a également trait à la Gaule belgique. Si nous n'avons pas trouvé, pour ce pays des textes aussi explicatifs, du moins pouvons-nous conclure par analogie.
Ne savons-nous pas que déjà, au уге siècle, saint Eleuthère reconstruisit la cathédrale de Tournai, dont Grégoire de Tours parle avec admiration, Saint Agricole, évèque de Tongres, et saint Monul- phe, évèque de Maestricht, érigèrent des églises à Huy, à Maestricht et à Liege. Au үне siècle, saint Gondulfe, saint Amand et saint Lambert déploient le plus grand zèle dans la construction d'éta- blissements religieux. Saint Amand fonde, à la méme époque, les ahbayes de Saint-Pierre, de Saint-Bavon а Gand, de Renaix, etc, Saint-Trond imite cet exemple. Sigebert, roi d'Austrasie, établit les monastéres de Stavelot et de Malmédy. Saint Eloi, Villustre et habile évèque de Noyon, élève des églises et des chapelles dans la Flandre et la province d'Anvers.
Au vine siècle, saint Hubert, le digne successeur de saint Lambert, transfère le siège épiscopal de Maestricht à Liége, érige en cathédrale la chapelle bâtie par saint Monulphe et la reconstruit.
143 Nous ne reproduisons pas ici eette charte, parce qu'elle se trouve tout entière dans les ouvrages des deux savants bénédictins Mantéve ct Dumano : Veter, script. cf monwm..,. cotlectia; O vol. in-fol, Paris, 1724. Tom. 1, col. 167 et 168, et dans le Thesaurus novus anecd. des mémes auteurs; elle se trouve également daus Pierre Levieil et dans М. de Lasteyric.
(2) Си. ne L'Escacomen, trad. du moine Théophile, Paris, 1847, іп-4е, prelim., p 11.
(3) Voir Cuarsacviise, tome И; PoLain, Liége pittor.; et J, В. Scuaves, Mist, de Uarehit., tome 1.
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р 72 — * MC > figs
HISTOIRE DE LA PEINTURE SUR VERRE.
Eginhard, secrétaire de Charlemagne, donne lui-même te plan des bâtiments elaustraux de Saint- Ravon.
La première église abbatiale de Lobes, érigée par saint Landelin et rebitie en 837, était d'une beauté remarquable, Foleuin, écrivain du хе siécle, nous en a laissé une description pompeuse (1). Tontes les églises élevées par les évéques Eracle et Notger étaient d'une grande richesse,
Nous citerons particuli¢rement la cathédrale de Saint-Lambert, qui fut détruite par un incendie еп 1185; elle était, disent les historiens, entiċrement couverte de peintures dont les sujets avaient été puisés dans l'Ancien et le Nouveau Testament, où dans les histoires ecelésiastiques ct dans la vie des saints pontifes (2).
Nous nous sommes à dessein étendu sur cette longue et un peu sèche nomenclature d'églises, afin de prouver que la Gaule belgique avait été pour les arts, à ces époques reculées, aussi bien partagie que les pays voisins (5). On doit observer, en outre, que les constructeurs de tout l'Occident étaient en grande partie les mêmes pour les diverses contrées; d'où nous concluons, malgré le silence des écrivains et l'absence complète de monuments de celte nature échappés aux ravages du temps, que l'art du peintre verrier était déjà, à ces époques, connu et cultivé en Belgique. |
(4) Forcuiwos, De gestis abbat, lab., tome 11, pages 205 et suiv.
19) Сихекасуидв, De gestis pontifice. Leod,, 1615, in-4*, tome ПП, page 129.
(3) Voir, pour les édifices hâtis à ces différentes époques, lexeellente Histoire de l'architecture du savant académicien de Bruxelles, M. Scaaves. 14" vol., р. 283 et suiv.
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CHAPITRE Il
AE et ХИ" siècles.
Fabricotion et coloration du verre, — Préparation et emploi de la couleur en émail. — Comment le peintre doit travailler. — Effet de la lumiére, — Mise еп plomb, — Dessin sur le verre, — Dispo- sition de la verrière, — Instruments de travail. — Etude des sujets de composition. — Caractére du dessin et de l'ornementation. — Disposition Générale des verrières, — Écrivains de ces siècles. — Era- clius et le moine Théophile. — Artistes et leurs travaux, — Vitraux encore existants,
(1)
tus d'hypothèses ! plus de doute ! l'histoire jusqu'alors ne nous avait parlé que par ses textes ; mais dés le ХІ siècle les monuments appa- raissent ; ils sont parvenus jusqu'à nous. L'intérêt grandit : le vitrail est là, brillant de toutes ses cou- leurs et, comme une pièce anato- mique, attend que nous en fassions l'analyse.
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Les ме et xu siècles nous offrent la même qualité de verre. Celui-ci est généralement épais (à Saint-De- nis, le verre а jusqu'à cing millimètres d'épaisseur ), gondolé, irrégulier et d'un vert foncé comme le verre à bouteille, 1 n'est employé qu'en fragments presque toujours excessivement petits et qui ne dépassent guère douze centi- mètres dans leurs plus longues dimensions.
Le peintre verrier dispose de cing sortes de verreteint dans la masse et d'une зеше couleur d'émail (le brun).
Les cing couleurs du verre sont les trois primaires: rouge, bleu jaune; et les deux binaires ; vert et violet. Les procédés de coloration employés
(4) Cette lettre est tirée d'un manuscrit de 1084, provenant de l'abbaye de Lobes, et appartenant à la 5
HISTOIRE DE LA PEINTURE SUR VERRE, 47 (б 2
à cette époque nous ont (46 conservés dans deux manuscrits, l'un d'Éraclius, reproduit par Raspe, et l'autre du moine Théophile. Nous parlerons plus loin de ces deux ouvrages.
Tout le monde sait que Гоп obtient la coloration en mélant des oxydes métalliques au verre fondu. Lorsque les matières premières ne sont pas pures, la fusion donne au verre des tons dus aux corps étrangers et dont on profite sans chercher quelquefois à s'en rendre un compte exact. C'est précisément ce qui arrivait alors. L'artisan savait que telle terre produisait telle couleur, Le sable provenant de la méme езггісге offrait même parfois des veines qui nuançaient les tons. Aussi le moine Théophile a-t-il bien soin de recommander de suivre avec attention la cuisson : « Lorsque le » verre, dit-il, commence à prendre une nuance, jaune par exemple, arrétez le feu, pour pro- » fiter du premier résultat. Poussez ensuite le feu et vous obtiendrez du pourpre clair, fuites cuire » derechef, de la troisième à la sixième heure, vous aurez du pourpre roux et parfait » (1). Ces effets tiennent aux oxydes métalliques qui changent de ton et de nuance suivant le degré de chaleur auquel ils sont soumis.
Nous ne nous arrélerons pas à indiquer les moyens de teindre le verre, nous renverrons le lecteur aux savants ouvrages de MM. Dumas (2) et Regnault (5), ou au manuel Roret ($). On peut également consulter les ouvrages de l'allemand Gessert (У) et ceux deja cites, de Pierre Levieil et d'Haudi- Шегі de Blancourt.
Iv
Une seule observation nous sem! le nécessaire pour le moment : c'est que le verre rouge est tou- jours double (6), c'est-à-dire qu'il se compose d'une mince lame colorée appliquée sur une lame de verre ordinaire. Le proeédé de fabrication en est fort simple.
Deux creusets contiennent l'un du verre rouge, l'autre du verre ordinaire, Au degré de fusion, l'ouvrier plonge sa canne dans le creuset de verre ordinaire et forme une boule qu'il commence à souer et qu'il plonge ensuite dans un second creuset; il la couvre ainsi d'une surface de verre rouge et renouvelle cette dernière opération si la couche n'est pas assez épaisse. 11 achève ensuite de souffler la boule jusqu'à ce qu'il en ait fait un manchon allongé.
bibliothèque de Tournai. Le dessin qui orne la lettre reproduit un des sujets souvent répétés de ГЇїсочодга- phic chréticune. Sous а forme de Saimson , terrassant le lion, nous devous voir Notre-Seigneur triumphust Ju péché et de la mort,
4) Tutors. moine . chap VIN. Trad, de М. Си. рк c’Escat., in-4*, Paris, 1845.
(2) Dumas. Traité de chimie appliquée aux arts, 1850, Т. 1, р. 351 et suiv.
(5) Весмасат , Chimie, 1828 , 4 vol, in-18.
14) Encyclop. Поакт, Nouveau manuel complet de la peinture sur verre, sur porcelaine et sur бшай, por Reroveeau пек Tomes, in-48, Puris, 1844,
15) Gessenr, petit vol. 10-18 traitant des procédés de coloration, surtout pour les cmaux Stutigard , 1442,
(6) On trouve dans les vitrous du хе sièele, en France , des verres de couleur pourpre, qui ont une épaisseur assez forte el ne sunt pas doublés М, Steinheil, un des artistes les plus distingués de се pays. а си la bonté de m'en présenter et de m'en remettre, Nous ferons observer que lu constilution de ces verres est défectueuse Le mélange de la со leur n'a pas élé intimement fuit, et il on est résullé des veines et de l'ini- galité dans là coloration du verre, La fabrication du verre pourpre, au хое siècle, parait inféricure à сейе du жие siècle. Les lames épaisses de verre pourpre que j'ai eu occasion de voir, étaient Lrès-opaques ot irrigu= lièrement colorées, tandis que d'autres lames du xs sièele et méme du xt siècle, comme à Saint-Denis, qui n'ont qu'une légère pellicule pourpre, offrent de magnifiques nuances, quoique parfois légèrement veinées.
уа — — — —“
48 HISTOIRE DE LA PEINTURE SUR VERRE.
Les deux couches superposées ont fait corps ensemble et se sont étendues dans les mêmes proportions. Le manchon ainsi formé est, suivant la méthode adoptée, coupé dans ses deux extré- mités, fendu dans su longueur et porté de nouveau ай fourneau pour s'étendre еп feuille rè- gulière.
Le verre rouge пе peut s'obtenir autrement, parce qu'une épaisseur un peu forte fait perdre la transparence, I faudrait avoir alors des lames tellement minces que, si elles n'étaient pas dou- blées, elles n'offriraient aucune consistance, aucune solidité.
Dans la fabrication, rien done n'est plus facile que d'avoir des verres doublés. On peut super- poser autant de lames qu'on veut. En combinant les couleurs, on parvient 4 des tons mixtes d'un brillant effet. Cette idée simple ne vint cependant et ne fut mise en pratique qu'au xve siècle, comme
nous le verrons.
v
Le peintre verrier а done à sa disposition, pour former ses fonds, cing verres de couleur : le rouge, le bleu, le jaune, le vert et le violet. Nous devrions aussi compter le verre ordinaire et celui qui, légérement nuance de jaune, donnait les tons de carnation; mais, pour peindre, il n'a sur sa palette qu'une seule couleur, email brun.
L'émail brun est un mélange compose de poudre de verre et d'un ou de plusieurs oxydes métal- liques réduits en poudre, tels que le peroxyde de fer et le peroxyde de manganèse, On peut égale- ment le former avec un oxyde de cuivre ou méme seulement avec de la terre d'ambre calcinée; cet émail est celui qui s'obtient le plus aisément par une foule de combinaisons (1).
Avec cette seule couleur brune, le peintre dessine les contours et indique les ombres au moyen de trois couches plates, données par la méme teinte plus où moins foncée; ainsi, que le verre soit jaune, bleu, rouge ou de toute autre couleur, le dessin qui y est appliqué est toujours du mème ton ct fait avec le même émail.
Le travail matériel pour peindre sur verre avec ect émail, est le même que pour la peinture à l'huile, avec cette différence qu'au lieu d'huile pour délayer Та couleur, on se sert d'essence de teni- benthine, d'eau de lavande épaissie ou simplement d'eau gommée. La lame de verre, ainsi chargée de son émail, est soumise au feu; la poudre colorante, entrant promptement en fusion, s'attache à la masse vitreuse qui lu soutient et qui n'est encore qu'amollie; on laisse alors refroidir lentement
et on obtient des traits inaltérables, paree qu'ils ont été tracés avec une couleur vitritice.
(4) Le moine Théophile indique le procédé suivant: nous le reproduisons ici pour donner au lecteur une idée des manipulations chimiques du xu siècles
4 Prenez du cuivre battu, brülez-le dans un petit vase de verre jusqu'a ce qu'il soit réduit en poudre, * puis des parcelles de verre grec et de saphir gree, broyés l'un apres l'autre ешге deux pierres de por- phyre; melez сез trois choses ensemble. de fu on que le cuivre y soit à Lu dose d'un tiers, le verre d'un tiers et іс saphir d'un tiers, Vous broierez |с tout suigueusement sur la méme pierre, avee du vin ou de » Purine et, mettont dans иш vase de verre où de plomb, peignez le verre en suivant scrupuleusement les * traits qui sout sur la table. Si vous voulez faire des lettres sur іс verre, vous couvrirez les sorceaux + entièrement de couleur ct vous écrirez avec la queue du pinceau, »
(Chapitre XIX.)
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© HISTOIRE DE LA PEINTURE SUR VERRE. 49 ( 4
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L'artiste se tromperait cependant étrangement s'il croyait pouvoir arriver aux effets sur verre de Ja même manière que pour la toile ou le bois. Dans ce dernier cas, le dessin se voit par réflexion, les rayons lumineux frappent le tableau et se réfléchissent dans l'œil. Pour la peinture sur verre, le phénamène n'est plus le шеше: la lumière arrive derrière la verrière et la traverse; on ne la reçoit donc que par transmission, il en résulte que la lumière vient jouer un rôle actif dans le ta- bleau. Ainsi pour éclairer vivement un point, tandis que sur la toile on ne peut у arriver que par | des tons énergiques, il fout, pour obtenir le même résultat, laisser à 1а vitre sa transparence et | faire passer sans obstacle le rayon lumineux. Le peintre verrier doit done se donner bien garde de suivre la même marche que le peintre à l'huile. Celui-ci éteint les parties qui doivent être dans l'ombre et enlève ses détails sur les fonds sombres, avee des couleurs plus vives; les tons chauds sont au premier plan et les reflets éteints à l'arrière. Celui-là, au contraire, ménage d'abord les parties claires et arrive avec des tons énergiques, qui forment comme un écran, pour les parties restant dans l'ombre. Les teintes de premier plan sont mises les premières et celles d'arrière-plan les dernières. |
VI
Dans nos pays, les fenêtres des églises furent souvent closes, ou commencement du moyen âge, par des plaques de pierres percées de trous ronds, dans lesquels on plaçait des fraginents de verre (1); mais bientôt le progrès devint général et de belles verrières remplacérent ces fermetures primitives dont on ne vit plus que de rares exemples.
Les pièces de verre, toujours trés-petites au жие siècle, doivent ёге réunies de manière à pré- senter une grande solidité. Le plomb vient prêter son corps flexible pour en former l'assemblage. Fondu et coulé dans des moules, il en sort sous la forme d'un long ruban, avec une épaisseur de quelques millimètres et porte une rainure (2) le long de ses funes.
Souple comme le serpent, le plomb s'enroule autour des lames de verre qu'il relient dans les deux sens, au moyen de rainures où le verre vient se fixer.
Loin de nuire à l'effet, il en est un des plus puissants moyens en arrétant nettement et en accu- sant énergiquement les contours, Nous ne savons au juste à quelle époque on commença à se servir du plomb pour cet usage. Le verre fut antérieurement placé dans des châssis en pierre et en bois. Saint Jérôme nous indique clairement ce dernier mode quand i! parle du vitro lignis incluso,
Léon d'Ostie est le premier qui ait parlé des plombs aux fenêtres. Décrivant l'église de St.-Bénolt,
(1) Voir Те cul-de-lampe à la fin du chapitre,
{2} Pour pratiquer ou parfaire la rainure sur les flanes de la baguette de plomb , on se servait du rabot, c'est la méthode indiquée par le moine Théophile. Comme le plomb avait souvent, en sortant du moule, ses deux faces rondes et bombées , on les әріміззай également en les rabotant. En général, les plombs juqu'au 156 siècle étaient larges et peu hauts, bombés ou aplatis sur les faces et rabotés dans leurs rainures. Nous en possédons , qui sont restés hombés et qui ont quatre millimètres de hauteur sur neuf de largeur. Vers la fla du 46° siècle on se servit du tire-plomb pour préparer сез baguettes métalliques, Voyez Preane Levent, ou- vrage déja cité, in-4*, 1781, р. 575. Nous nous en occuperons en temps ct Иси.
HISTOIRE DE LA PEINTURE SUR VERRE.
qu'il réédifia en 1066, il raconte que toutes les fenêtres de la nef et du chœur étaient fermées de tables de verre retenues par des plombs et reliées au moyen de traverses en fer (1). Les plombs étaient coulés et souvent rabotés dans les demi-rainures, ils étaient en outre d'une
épaisseur assez forte et arrondis sur les faces. Nous possédons un fragment de bordure garni de
ses anciens plombs, ce qui lui donne une haute valeur (РІ. 4). Comme les procédés ne variaient
pas avec les pays, nous sommes portés à conclure que telle était la forme générale, et nos recherches
nous ont confirmé dans cette opinion (2). | i | | |
VII
|
Le travail du peintre pour la confection de la verrière était, à l'époque du moine Théophile, exactement le même que de nos jours (5). Nous allons en parler brièvement et nous n'aurons plus besoin d'y revenir.
L'artiste, après avoir étudié le sujet de sa composition, le dessine et le peint, dans la grandeur qu'il doit avoir, soit sur toile soit sur carton. Le modèle étant ainsi bien arrèté, on en prend deux calques sur fort papier, ou si on le préfère, on peut en tracer un sur des panneaux de bois. Tous les contours doivent être nettement et fortement marqués, Un des deux calques en carton est découpé suivant les sinuosités des dessins en autant de morecaux qu'il y a de piéces de verre, et à сеце épotue elles étaient trés-nombreuses On forme ainsi des patrons sur lesquels on découpe le verre; ainsi fait un tailleur pour les différentes parties d'un vêtement.
Chaque pièce de verre est peinte suivant le modéle et passée au feu. Après la cuisson, les morceaux sont placés sur Іа table, où le second calque a été posé, et réunis exactement comme on pourrait le faire pour un jeu de patience. Le plomb vient ensuite se glisser entre les 4Ше- rentes parties de celte mosaïque et en forme un tout solide et complet (4).
| | | | |
VIII
Le procédé pour découper le verre est indiqué dans les termes suivants par le moine Théo- phile (5):
« Vous ferez chauffer au foyer le fer à couper. I devra être mince partout, mais plus gros au » bout. Quand il sera rouge, appliquez-en le gros bout sur le verre que vous voudrez diviser, et > bientôt apparaitra un commencement de félure. Si le verre résiste, humectez-le de salive avee le
(4) Fenestras omnes et navis ot titabi plumbo ас vitro compactis tabulis ferroque connexis inclusit. Chron, casin., 4, ШІ, сар, 27, édit. de Dubreuil , # vol. in-fol. Paris, 1605, (2) Nous recommandons aux peintres verriers l'usage de ces plombs arrondis pour les petits détails, ils sont beaucoup plus avantageux pour l'effet de lumière que les bandes aplaties. (5) Tuiors. déjà cité, «һар. XVII (4) Voyez pour tous les détails qui se rapportent au хи“ siècle, Табора., chap, ХУП et suiv, (5) Chap. ХҮП.
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м. 5 уо — A ee ng аы телле аар ааыа ——
HISTOIRE DE LA PEINTURE SUR VERRE.
с, » doigt à l'endroit où vous aviez placé le fer, il se fendra aussitôt. Selon que vous voudrez couper, 18 » promenez le fer et la fissure suivra. Toutes les parties ainsi divisées, prenez le grésoir : ce fer » sera de Іа longueur d'un palme et recourbé à chaque tête; avec lui vous égaliserez et joindrez » tous les morceaux chacun à sa place, »
Aujourd'hui les moyens sont plus simples et le diamant dont l'usage pour couper le verre ne remonte qu'au xvit siècle, produit avec facilité ces fentes que Гоп ne pouvait obtenir qu'au moyen d'un fer rougi au feu (1).
Un des instruments les plus utiles est le grésoir, simple lame de tôle (d'environ 0=,05 de large sur 0,25 de long) portant une série d'échancrures carrées, rangées par grandeur pour les diffé- rentes épaisseurs de verre. Avec le grésoir on rogne le verre et on lui donne rapidement mille formes diverses. Nous avons vu des peintres verriers, М. Capronnier entre autres, découper des pièces de verre avec une dextérité remarquable, et donner à la tranche une régularité presque égale à celle que le diamant pourrait produire en ligne directe.
Nous possédons des fragments de verre du хи" siècle dont la tranche est parfaitement nette, | Divers essais malheureux ont été tentés pour remplacer le grésoir par des tenailles plus ou moins articulées. Pierre Levieil en donne plusieurs modéles; mais c'est au grésoir que Гоп revient toujours de préférence.
lecteur avec eux, et qui nous demanderont dorénavant peu de temps, le dessin vient s'offrir 4 notre examen. L'art du dessin dégénère dès l'époque d'Auguste. Les beautés de l'antiquité disparaissent peu à
peu sous les formes roides et incorrectes de l'école gréco-byzantine. Les catacombes de Rome nous ont laissé les monuments les plus complets de cette époque de transition, et l'on ne peut souvent juger de la date des peintures que par le degré plus ou moins avancé de la transformation byzantine. Plus le genre se rapproche de l'antique, plus on est près du siécle de Néron, mais, à mesure que le genre devient byzantin, il annonce le Bas-Empire.
L'art, à partir de cette époque, suit deux voies différentes : sur les rives du Bosphore, il s'im-
mobilise; en Occident, au contraire, il progresse constamment. « Sous le ciel de l'Italie et dans tout > l'occident de l'Europe, dit M, Alfred Michiels (2), la peinture chrétienne cherchait avec une cer-
(1) Ce ne fut que vers le commencement du жүз” siècle que l'usage da diamant s'introduisit parmi les vitriers. Le premier essai parait еп être dû à François ler, lorsque, préoccupé des soupçons d'infidétité que іші inspirait la duchesse d'Étampes, il traça sur une eroisée de Chambord, avec ta pointe d'un diamant qu'il
| | ІХ | Après tous les détails matériels que nous venons d'exposer assez longuement pour familiariser le portait à son doigt, ces vers si connus :
Souvent femme varie, Bien ful est qui s'y fle. Trad. du maine Tuéovi., note de M. Ch. pe t'Escat., р. 296.
(2) L'Archit, et ta Peint, en Europe, du XVe au XVIe siècle, In-A8, Bruxelles, 1895,
LE Ve ne. PE age — — Sie ss
59 HISTOIRE DE LA PEINTURE SUR VERRE.
> taine indépendance les moyens de rendre sensibles à la vue les austères conceptions du dogme et
> l'affectueuse morale de l'Évangile, » Aux uret xne siècles, le dessin offre encore le caractère byzantin (voir planche 5). Il est mal-
8 adroit et barbare, les personnages sont lourds , les plis roides et serrés les uns contre les autres. | Les costumes sont également empruntés an style grec. Inutile d'ajouter qu'on ne trouve ni modelë, | ni perspective, seulement quelques teintes plates pour les ombres, Si le dessin n'était vigoureuse- | ment indiqué par des tons admirables et pleins d'énergie, il en résulterait une impossibilité | presque absolue de comprendre le sujet. |
La planche 5% représente un fragment (1) de verrière empruntée aux vitraux donnés à l'antique | abbatiale de Saint-Denis, par l'abbé Suger. Le lecteur у trouvera, pour le modelé, les plis, les | ombres, les tons, tous les caractères que nous venons d'indiquer. Nous ferons cependant observer | que, déjà, on у remarque une certaine indépendance de main, un vif désir de copier la nature et de | reproduire l'expression; or, tous ces signes de progrès, toutes ces tendances de nos premiers artistes | пе se retrouvent en aucune façon en Orient, où les peintures restent marquées du méme cachet | | d'immobilité et de routine; aussi, lorsqu'il y a quelques années, un savant et courageux агеһео- | logue, M. Didron, découvrit au sommet du mont Athos, dans un couvent de moines, un antique |
manuserit sur la peinture, il reconnut qu'alors encore les artistes grecs пе faisaient que copier
les travaux de leurs aïcux, du temps des Honorius ct des Paléologues (2).
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Les détails d'architecture permettent également d'apprécier l'âge de la verriére; le style archi- tectonique est ce que l'on est convenu d'appeler roman (2). Le plein cintre règne en maitre, les or- nements appartiennent au genre classique, mais au classique dégénèré. Du chapiteau corinthien, il ne reste plus que Ja forme; de grossitres figures ont remplacé la feuille d'acanthe, l'élégant rin- ceau grec а cédé la place à des zigzags, à des chevrons, à des billettes,.... ete., et ainsi du reste,
Les verriéres ont, en outre, des bordures toujours trés-larges, dont les ornements sont semblables
à ceux que nous venons de décrire, Le feuillage et les enroulements perlés offrent parfois, comme а Saint-Denis, de riches combinaisons, La planche ТУ donne deux bordures. La première, marquée A, fait partie de notre collection particuliére; la deuxième, marquée В, eat inédite et appartient aux verri¢res de l'abbatiale de Saint-Denis. Le feuillage polylob n'est pas encore symbolique, mais on |
у remarquera la finesse des détails, surtout celle des petits Neurons, et le grand nombre des mor- ceaux, car chaque couleur comporte un morceau de verre séparé. Toutes les couleurs connues à | еспе époque s'y trouvent réunies.
Ala fin du xu? siècle, le style architectural change: le roman devient gothique, la simplicité
(1) Le sujet en sera expliqué пп peu plus loin lorsque nous parlerons des verrières de Saint-Denis. (2) Voir l'fconngr. ekrétieune, par М. Didron, Е (5) L'ureliteeture romana fut le dernier reflet de l'antiquité ot prépara la voie au style nouveau qui sar- git avec l'ogive, .
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suceéde à la richesse, souvent de mauvais goùt, empruntée au genre profane. L'art devient chrè- tien, il ne puise ses inspirations que dans l'élévation du dogme divin, et il ne prend plus, pour ornement, que le feuillage de la nature disposé symboliquement. L'ogive a remplacé le plein cintre, les fleurs des champs ont chassé les ornements byzantins; mais cette révolution ne s'est pas opérée instantanément, La transition dure environ un demi-siècle.
La planche 2 offre un fragment de verrière qui appartient à an de nos amis, M. б. Hagemans, archéologue distingué de Liége (1). Déjà les petits losanges violets et verts, placés sous la figure prin-
|
| cipale, laissent арегеетдіг la forme de l'ogive. En comparant les draperies de l'ange à celles de { | saint Joseph (РІ. 5), il est facile de voir qu'elles sont d'un faire beaucoup plus simple, que, par con- | | séquent, nous nous écartons de plus en plus du genre byzantin; nous touchons au xur siècle, si en réalité, nous n'y sommes pas déjà.
Le médaillon de l'ange est entouré d'une bordure en saillie sur l'encadrement peint de Їп ver- пісте, Le feuillage de сеце bordure est enlevé еп Шапе sur un fond couvert d'un émail brun, sui- | vant la méthode indiquée par le moine Théophile, L'ange se détache en vive couleur au milieu de cette espèce d'auréole lumineuse. Les feuilles de l'ornementation sont découpées en quatre, cing et sept festons; le chiffre trois, symbole de la Trinité, n'apparait pas encore, nous ne le trouverons définitivement adopté par les artistes que dans le deuxième tiers du хи" siéele, comme à Bourges, Sens, Angers, Tours, Lyon, Salisbury, ete. Quelques verrières de Bourges et deux roses de l'église Saint-Jean à Lyon, portent autour de leurs médaillons, de pareilles bordures blanches , feuilles et perlées, mais ауес cette différence que le feuillage est trilobé,
Les divisions intérieures des verrières, tracées par l'armature en fer, sont des carrés, des cercles
complets ou des losanges; trés-simples au xit siècle, elles deviennent plus compliquées et plus riches
dans la deuxième moitié du хи” siècle, grâce à Vogive qui vient у apporter ses découpures.
Les fonds sont presque toujours formés par un réseau bleu à filets rouges, avec intersection blanche; rarement le rouge domine ; parce que celte couleur, répandue sur toute la surface, donne- rait un ton trop vif, qui nuirait à l'ensemble (2). Quelquefois, comme dans la planche 5, le fond est
nuaneé de plusieurs couleurs séparées par les détails du sujet.
La verrière que М. Capronnier, de Bruxelles, exécute en ce moment pour la chapelle épiscopale de Tournai (РІ, 1), donnera une idée exacte des ensembles de cette époque. C’est une imitation | trés-heureuse des vitraux de Saint-Denis, les plus beaux types du xir siècle. |
{1} Cette verrière porte les principaux carnetéres de l'époque de transition, nous l'avons rangée au nombre de celles du хи” siècle, parce qu'elle nous parait appartenir à ce siècle plutôt qu'on хапе, C'est le seul frag- ment du хи" sièele qui, à notre cunnaissance, se trouve en Belgique ; nous regretterions de пе pas le voir dé. posé au Musée royal de Bruxelles, si nous пе le savions placé en d'aussi bonnes mains, сі embellissant un des plus riches et des plus précieux cabinets d'antiquités de In Belgique, dont l'heureux et savant pro- priétaire publie en ее moment le catalogue raisonné dans lè Bulletin archéologique liégeuis.
5 (2) On prat s'en rendre compte sur quelques verriéres de Bourges.
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HISTOIRE DE LA PEINTURE SUR VERRE. \
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Le choix des sujets a НЕ fait par monseigneur l'évêque de Tournai. Nous en ferons connaltre le “ détail dans la seconde partie de l'ouvrage consacrée à la description des verri¢res de la Belgique.
Le fond et les bordures sont empruntés aux verriéres de Saint-Denis. Les médaillons, bien dispo- sés, isolés ct encadrés dans les figures géométriques, au milieu d'un réseau uniforme, ressemblent, suivant l'expression d'un écrivain, à un tableau suspendu au-devant d'une tenture.
Quant aux compositions, au choix général des sujets, à l'esprit qui у présidait, comme le хш siéele a suivi les mémes errements, d'une manière beaucoup plus développée, nous n'en par- lerons qu'au siċele suivant, nous contentant de dire que déjà, aux xit et xn siècles, l'esprit et le ca- ractère des compositions indiquent, chez les artistes, une ferme croyance jointe à une profonde érudition.
Deux auteurs, Eraclius et le moine Théophile, nous ont laissé de précieux écrits sur les procédés employés alors pour travailler et peindre le verre. Le manuscrit du premier a été reproduit par Raspe dans son Essai sur la peinture à l'huile (1), il doit être à peu près de la même époque que celui du moine Théophile. Tous les deux nous ont transmis les mêmes procédés et les mêmes erreurs. Une différence assez grande distingue toutefois ces écrivains : c'est que l'un étant, sinon Romain d'origine, au moins habitant de Rome (2), s'est spécialement occupé de ce qui intéressait son pays d'adoption. 11 indique les moyens de fabriquer, ciseler, argenter, dorer et façonner le verre, tandis que le moine Théophile, Allemand selon toute probabilité, s'est attaché surtout à la peinture sur verre si cultivée à son époque dans tout l'Occident,
Eraclius a quelque chose qui respire encore le paganisme, il travaille pour les arts, et semble avoir pour but de procurer à l'humanité une nouvelle jouissance, en expliquant la fabrication des bijoux qui doivent parer la déesse de la beauté,
Le moine Théophile ne travaille que pour Dieu, il enseigne la maniére d'embellir la maison du Seigneur, et s'il parvient à être utile aux hommes en augmentant leurs connaissances, pour toute récompense, il demande une ргіёге, А la science du maitre, il joint l'abnégation chrétienne la plus complète ct nous présente déjà ce beau caractère des pieux artistes du moyen âge, auxquels il suffi- sait que Dieu sût leurs noms,
Écoutez le bon moine dans son simple langage (5):
« Lorsque tu auras souvent relu ces choses et que tu (ез auras bien gravées dans ta mémoire, toutes les fois que tu te seras utilement servi de mon œuvre, en retour de mes préceptes, је ne te
(4) A critical Essay on өй painting; proving that the art. By R. Е.
Bases, in-4°. London, 1781,
(2) Rasra remarque que le nom d'Éraclins est grec, mais que cet écrivain habitait sans doute une des par- ties de l'Empire romain resté sous la domination des empereurs de Constantinople. Nous serions plutôt portés à penser que notre auteur était un de ces Grecs établis en si grand nombre а Rome.
Le même auteur ajoute avec raison qu'Éraclius , simplement qualifié de : Vir sapientissimus , ne devait étre пі un prêtre пі un dignitaire de l'Église, parce qu'un litre semblable était à cette époque un honneur trop considérable pour ne pas S'en prévaloir, » Ouvrage déjà cité, p. 44.
(3) Preface, p. 9.
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HISTOIRE DE LA PEINTURE SUR VERRE. 55
demande que d'adresser pour moi une prière à la miséricorde du Dieu tout-puissant, Il sait que je n'ai écrit mes observations ni par l'amour d'une louange humaine, ni par le désir d'une récom- pense temporelle; que je n'ai soustrait rien de précieux ou de rare par une malignité jalouse; que je n'ai rien passé sous silence, те le réservant pour moi seul, mais que pour l'accroissement de l'honneur et de la gloire de зоп nom, j'ai voulu subvenir aux besoins et aider aux progrés d'un grand nombre d'hommes, »
Il nous reste maintenant à parler des artistes en particulier et de leurs travaux,
А cette époque, оп le sait, les arts et les sciences s'étaient réfugiés dans les monastères, et les ouvriers laïques étaient bien peu nombreux. Les moines, dont la première vertu est l'abnégation, comme Théophile nous en а donné l'exemple, ne signaient généralement pas leurs travaux, aussi leurs noms ne sont pas parvenus jusqu'à nous, sauf quelques rares exceptions.
Nous trouvons dans le Cantatorium de saint Hubert qu'un homme trés-habile dans son art, nommé Roger, vint de Reims, de 1060 à 1070, pour fabriquer des verrières destinées à une église du pays d'Ardennes (1).
En France, sur une verrière de la cathédrale de Rouen, on lit : Clemens vitrearius (2) Carno- tensis M. (5).
L'abbaye de Tegernsée, en Bavière, possède des vitraux qui lui furent donnés en 999 par un comte Arnold. On у voit également cing fenêtres peintes par le moine Wernher de 1068 à 1091.-- On suppose que les verrières de Heldesheim, en Hanovre, ont été peintes de 1029 à 1059 par un nommé Buno.
Dans la nef de la cathédrale d'Angers se trouvent des verrières qui datent de 1195 à 1130 (4).
(4) Volei le passage : « Juminavit quogue oratoria, que exstruxerat, puLcueanimis fenestris, quodam
a Rogero conducto ab urbe Remensi , valenti , admodiin viro et promplissimo, hujus artis el peritissimo. » D'après рк Ивтғғвхввво, Monum, pour servir à hist, des provinces de Namur, de Hainaut etde Luxembourg , in-4°. Bruxelles, 1847, tome VII, р. 260.
Le baron de Reiffenberg ajoute en note : Fenestre ейте et picke. Nous pensons que ce savant écri- vain a raison de dire que сез verrières étaient peintes, L'époque le demandait , et d'ailleurs le verrier Roger venait de Reims, ай l'art de la peinture sur verre était porté à un haut point. La eathédrale conserve encore de magnifiques vitraux, da commencement du хп" sitele et tellement beaux que Гоп doit еп com сіпге que cet arty était florissant depuis longtemps,
(2) Au moyen âge on disait indifféremment vitrearius, vitriarius, vifriator où vilrealor.
(5) La lettre M devait commencer le mot magister,
Voici l'appréciation de Langlois qui, le premier, déchiffra сс nom de clemens :
* Le nom du vieux peintre verrier auquel on doit attribuer les verrières dont nous nous occupons en ect » instant, est, par un heureux hasard , échappé à la proscription , mais mutilé ct recouvert en partie par les » plombs d'une restauration; се n'est раз sans peine qu'on peut le déchiffrer sur le phylactère où il se trouve « inserit,
э... On ne pourrait citer, je crois, qu'un très-pelit nombre de signatures sur verre aussi anciennes ; » car dans les xv° et xvi* siècles méme cet usage était loin d'étre généralement répandu, ct se renfermait » ordinairement dans l'apposition de quelques monogrammes aujourd'hui plus ou moins connus. + Essai hist, et descrip. sur la peint. sur verre, À vol, іп-8», Rouen, 1852, р. 25.
(4) Le calque des vitraux de cette cathédrale est publié en ce moment par M. le Hucher, architecte; grand in-plano,
—— — — STONES 1 g „4 56 HISTOIRE DE LA PEINTURE SUR VERRE. 3 с 1 On en a découvert en Alsace et au Mans qui sont, pour le moins, aussi anciennes, mais dont
la date fixe n'est pas connue. Nous devons encore citer les vitraux de l'église de Glosar, dans | le Hartz; ils sont de 1188 et portent les portraits des empereurs Conrad I", Henri Ш, Henri IV et
Frédéric Іт”, | A Chartres, sous la rose oceidentale se trouvent trois belles verrières du xut siècle, Leur éclat | est tel, dit М. de Lassus, qu'elles font pålir tous les vitraux dont le хїш" siècle а enrichi cette Н admirable cathédrale (4). Les sujets qui у sont figurés devaient, suivant M. l'abbé Вайсап, se rapporter à la grande scène que le peintre aurait traitée plus haut dans la rose, c'est-à-dire à la glorification de Jésus-Christ, qui est le sujet des sculptures du portail. C'est en effet une loi fidè- lement observée par les artistes du moyen âge, de reproduire deux fois à chaque façade le même sujet; de sorte que la peinture sur verre est toujours la reproduction de 1а statuaire, pourvu que l'une et l'autre soient de la même époque. Aujourd'hui les trois grandes fenêtres du portail оссі- dental n'ont qu'une signification incomplète, parce que l'artiste qui а peint la rose au хш siècle
n'a pas compris, où plutôt n’a pas voulu suivre la pensée de son prédécesseur. | Nous empruntons à М, l'abbé Bulteau et nous donnons en note les details de ces importants vitraux (2).
(1) Annales archéologiques, 1, 1, р. 82. |
(2) La première fenêtre à droite montre un magnifique arbre de Jesse ou tige généalogique de Jésus-Christ. Dans le bas du vitrail , le vieux Jessé est couché sur un lit; de sa poitrine sort l'arbre йе la généalogie divine; les branches de l'arbre se croisent et se reeroisent plusieurs fois, et entre les branches s'échelonnent les го de Juda, ancètres charnels de Marie et de Jésus : comme la place manquait, quatre rois seulement, David, Salomon, Roboam et Alias, sont figurés; après Abias vient la très-sainte Vierge couronnée comme une reine; enfin, au sommet de la tige, Jésus parait entouré des sept dons du Saint-Esprit sous la forme de sept
colombes blanches ; elles portent un nimbe uni et sont inserites dans une aurcole, autour de laquelle on lit dans l'ordre suivant :
Sapientia, Intellectus , consilium. Fortitudo, seientia. Pietas, timor.
C'est la traduetion littérale de cette prophétie d'Isaïe, хі: a Etil sortira un rejeton de la tige de Jessé, et ! une fleur пайта de ға racine ef l'esprit du Seigneur se reposera eur tui; l'esprit de sagesse et d'intelligence, l'esprit de conseil et de force , l'esprit de science et de piété, et l'esprit de crainte du Seigneur le remplira, De К chaque сд de In tige se dressent les ancêtres spirituels du Sauveur, c'est-ü-dire les prophètes qui l'ont annoncé ou figuré. A gauche, on trouve en allant de bas en haut : Nahum, Samuet, Ézéchiel, Zacarias , Moyses, Jonius et Abaeue; à droite, on voit: Ose, Amoon (pour Amos), Micheus, Jokeet (pour Joet), Balaam, Daniel et Sophonias , tous avec leur titre de propheta ajouté ù leur nom sur la banderolle qu'ils | tiennent à la main, | La fenétre centrale rappelle les principaux traits de l'enfance de Jésus. On у той l'Annoneiation, la visi- | tation, la naissance de Jésus, le réveil des bergers, l'adoration des mages, le massacre des Innocents, la | Chandeleur, la fuite en Egypte, lu chute des idoles, le retour à Nazareth; puis Й у а le baptême de Jésus et son entrée triomphale à Jérusalem ; on remarquera que le Sauveur porte unc palme. Dans le haut du vitrail, Marie assise, porte sur ses genoux le petit Jésus bénissant; ісі elle a un sceptre feuri dans chaque | main; à ses côtés sont deux anges profondément inclinés,
La troisième fenêtre offre tes seénes principales de la passion et de la résurrection du Seigneur Jésus. П y
a ln Transfiguration , lu dernière Cène, le lavement des pieds, la trahison de Judas, ln flagellation, le eruci- “ fiement, la mise au tombeau , la résurrection, l'apparition а 1а trés-sainte Vicrge, l'apparition è Madeleine, te RN voyage avec les disciples d'Émaës et le souper avee les mêmes disciples.
Dever. de la cathédrale de Chartres par М. l'abbé Burreav. 4 vol. in-8°, 1850, р. 191.
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HISTOIRE DE LA PEINTURE SUR VERRE. 57
Les verrières de la cathédrale d'Angers furent placées par ordre de l'évèque Ulger, dont l'épis- copat dura de 1125 à 1149. Ces vitres précieuses se trouvent dans la nef, aux Se, 4e, уе (4 Que fenêtres en complant à gauche à partir du portail; elles sont légendaires et retracent les scènes principales de ta vie de la sainte Vierge (la 4®<), de sainte Catherine (la 5"), de saint Vincent et de saint Laurent (la 5%), la dernière est indéchiffrable, M. de Lasteyrie a donné le dessin de la ver- rière de sainte Catherine (1). On y remarque l'élégance des médaillons à fond bleu avec bordures rouges lisérées de perles blanches, et la simplicité de leur forme qui est alternativement ovale et en fer à cheval,
L'église de Saint-Serge et la chapelle de l'hôpital, à Angers, ont encore quelques débris du xue siècle, И en est de méme pour la chapelle de l'ancienne abbaye de Fontevrault, aujourd'hui convertie en maison de détention.
L'église abbatiale de Saint-Denis а vu, depuis реп d'années, restituer aux croisées des bas côtés du chœur et de l'abside quelques-unes des magnifiques vitres dues à l'abbé Suger, qui en donne Ini- тете 1а description au chapitre ХХИ du livre de son administration tenu par le moine Guillaume, souvent sous sa dictée : « Vous avons fait peindre une suite nombreuse et très-variée de vitres > nouvelles, commençant par l'arbre de Jessé, qui se trouve au cheret de l'église, et finissant ан » vitrail placé sur la porte principale, tant au haut qu'au bus de l'édifice; ces peintures sont » l'ouvrage d'un grand nombre de maitres fort habiles appartenant à diverses nations. »
Nous avons donné un très-remarquable fragment de ces vitraux, pl. 5 (2). M. de Lasteyrie leur con- sucre quatre planches et reproduit, en grandeur d'exécution, d'après une verrière consacrée à la mère du Divin-Rédempteur, le portrait en pied de l'abbé Suger, qui s'est fait peindre en dehors d'un médaillon, agenouillé aux pieds de la sainte Vierge (5).
Nous voyons en outre, à Saint-Denis, quatre médaillons dont deux symboliques d'une grande importance, parce que c'est, en quelque sorte pour l'Occident, la première page de la symbolique chrétienne qui va se développer si brillamment au siècle suivant.
Dans Je premier médaillon, l'Autel sorti de l'Arche d'alliance s'appuie sur Ja croix du Christ, où la Vie vient mourir pour sceller plus étroitement cette alliance; autour de l'Autel sont les quatre roues destinées à soutenir l'Arche d'alliance, et les quatre évangélistes symbolisés. Dans le second, Jésus Christ, d'une main, dévoile la Synagogue, et de l'autre, couronne l'Église, Sur sa poitrine rayonnent les sept dons du Saint-Esprit sous la forme de sept colombes,
Les sujets des deux médaillons inférieurs étaient également symboliques; d'un côté, les prophètes
8) Voir son grand ouvrage, pl. 1.
(9) Le songe de saint Joseph, qui еп est le sujet, est tiré de l'Évangile selon saint Mathieu, chap. 1, v. 18, 19, 20,21:
18. Or, la ппіззалее de Jésus-Christ arriva en celle manière, Comme Maric, ға mère, avait été fianede à saint Joseph, avant qu'ile fussent ensemble, elle se trouva enceinte par l'opération du Saint- Esprit, — 19, Saint Joseph, son mari, parce qu'il бай juste of qu'il ne la voulait pas diffamer, la voulut renvoyer secrètement, — 20, Mais comme il pensait 4 ces choses, voici l'ange du Seigneur qui lui apparut en songe et lui dit : Joseph, fils de David, ne crains point de recevoir Marie, ta femme; сағ сс qui а été conçu en elle est du Saint-Esprit. — 21, Et elle enfantera un fils, et tu appelleras son nom Jésus ; car il sauvera son peuple de ses péchés.
(5) Voir М. oe Lasr., pl. Ше pl. УП, fig. 2,
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58 HISTOIRE DE LA PEINTURE SUR VERRE.
apportaient des sacs de blé au moulin, saint Paul tournait la meule; de l'autre, on voyait un lion
et un agneau ouvrant un livre. Ces peintures ont élé remplacées, au хіне siècle, par deux scènes des martyrs de Ja légion thébaine, dont l'abbaye avait reçu quelques reliques.
Tous ces vitraux sont restaurés et quelques-uns n'ont gardé que quelques fragments primitifs; c'est dire qu'ils sont presque entièrement neufs, M. de Lasteyrie s'élève avee une grande énergie contre cette restauration, qu'il qualifie de maladroite. Sans vouloir la défendre complétement et sans méconnaitre ce que, par endroits, elle peut laisser à désirer, surtout comme earactère, nous | пе pouvons nous associer au reproche éternel qu'on fait aux parties restaurées d'ètre criardes, | car l'artiste n'a fait que copier exactement les nuances et les couleurs. i
Si le verre ancien peut se distinguer du verre nouvellement travaillé, c'est parce que celui-ei est |
plus limpide et surtout parce qu'il n'est pas plus possible de Іші donner cet adoucissement de tons | | et cetle opacité, produit de longues années, que d'appliquer sur les médailles la patine des siècles? | Qu'on cesse done de reprocher à nos artistes un fait indépendant de lear volonté et de leur travail, | un fait qui se reproduira toujours, à moins de recourir à ce qu'on appelle un trompe-l'œil. Nous | aurons à critiquer des verrières à tons criards, comme à Munich, mais sous un tout autre rapport.
Une des belles verrières de Saint-Denis voit se développer et s'étendre, dans ses élégantes ra- | mifications, le plus ancien arbre de Jessé que nous connaissions (1), D'autres sont uniquement cou- vertes de dessins d'ornement. |
« Une des verriéres placées dans les anciennes chapelles de Saint-Osmanne et de Saint-Hilaire, | » dit М. de Lasteyrie (2), peut étre regardée comme un des types les plus purs du style byzantin, » еп fuit de peinture sur verre. Le caractère en est surtout frappant dans l'espèce de griffon qui » forme la base de l'ornement, On pourrait reprocher peut-être à cette verrière la profusion des
» parties blanches; toutefois, il y reste si peu de fragments anciens, qu'on risquerait de тейге
» sur le compte du premier auteur les imperfections d'une maladroite copie. »
(4) Nous avons pensé qu'il serait assez piquant de transcrire ісі, comme une espèce d'introduction à la sym-
holique chréticone, à laquelle nous voulons réserver une place aussi grande que le comportera l'étendue, maibeureusement limitée, de cet ouvrage, les réflexions que cet arbre de Jessé а suggérdes à M. de Lasteyrie :
| « L'arbre de Jessé n'est autre que la généalogie emblématique de la sainte Vierge et de Jésus-Christ. Ш a
| so première souche dans le sein de Jessé où Isai, père de David, qu'on représente toujours sous les traits
| d'un vieillard, parce qu'en effet Н était trés-agé lorsque David vint au monde, Chaque rameau sorli de cette |
| noble tige porte une figure de roi, et la branche ta plus haute de l'arbre présente, en s'épanouissant, l'image | dle Marie, comme sa fleur la plus belle, ov celle de Jésus, comme son fruit le plus doux.
| » A ceux qui voudront voir dans cette peinture la prétention de prouver que le Sauveur du monde était de
| bonne maison, un tel sujet pourra paraitre absurde et presque impie. Mais si l'on considére, dans la vierge
| Marie, l'emblème des vertus chrétiennes. dont l'éclat fait ране l'éclat de vingt couronnes; si Гоп voit dans
|
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Jésus le fils de Dieu, entre les mains de qui un roseau devient un серіге plus puissant que tous les seeptres | des rois, alors peut-être voudra-t-on recounallre, dans еспе époque grossière, une grande leçon donnée aux puissances du monde,
* Је ne prétends pas, du reste, que l'artiste employé par Suger ait ainsi compris la pensée qu'il devait rendre; car il est de la nature des emblèmes religieux de perdre beaucoup de leur valeur en passant à l'état de traditions. La nuiveté du tableau de Saint-Denis semble, en effet, prouver que le peintre n'a vu, dans le sujet donné, qu'une suite de rois terminée par un Dieu, et s'en est strictement tenu aux termes de sa commande, H
| sans clercher à en saisir le sens mystérieux.
} * Du reste, les figures sont d'un bon style pour l'époque, ct le feuillage courant d'où elles sortent пе manque 24 pas d'une certaine grace. »
N (2) Ouvrage déja cité, р. 55, pl. Viet VIL
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HISTOIRE DE LA PEINTURE SUR VERRE. 59 2
son avis en celle occasion. Le хи" siècle nous offre parfois des parties blanches en profusion. Nous avons donné (РІ. 2) un fragment de cette époque, qui n'en montre encore qu'un faible échantillon,
Autour de l'ange se déroule une espèce d'aurcole lumineuse, composée d'un léger feuillage, enle- vée avee l'émail brun sur verre incolore; il en est de mème pour les ailes de l'ange et les deux filets de la bordure. j L'église de la Trinité, à Vendôme, possède une glorification de la Vierge reproduite par M. de Lasteyrie (РЇ, УШ) et admirablement expliquée par се savant archéologue : « De grands rapports existent, dit-il, entre cette Vierge et les types conservés sur les monnaies
En général, М. de Lasteyrie est impitoyable pour les restaurations, ПІ est impossible de partager + | і |
» byzantines, dans les manuscrits ou les dyptiques du méme style, et particulièrement l'auréole | > amendaire dont Marie est enveloppée, semble étre un des mythes incentés par les artistes grecs, et | » par eux répandus dans le monde chrétien : cette forme d'auréole, dont la peinture sur verre n'offre » peut-être aucun autre exemple, se rencontre trés-rarement , тете еп sculpture , dans nos monu- » ments nationaux, si се n'est dans les églises de Poitou, dans ces temples chrétiens où se trahit » encore une influence sarrazine. Or, la vitre de Vendôme est une lointaine racine provenant de
* la méme souche que les sculptures de Poitiers, et cette Vierge brune, maigre et drapée d'un long
* vélement blanc, est, à mes yeux, une Vierge mauresque habillée à la grecque. Quant au + nimbe, chargé d'un dessin d'ornement d'une grande finesse, il était soutenu par quatre anges, » aujourd'hui complétement frustes, Le nom de Mania, qu'on peut y lire encore, était la seule » inscription de cette vitre. »
Mentionnons encore le vitrail incolore (Planche 5), trouvé dans les ruines de l'abbaye de Bon -Lieu | (Creuse), par М. l'abbé Texier, qui en fait remonter Та date jusqu'en 1141 (i).
(1) Tout en nous réservant de nous étendre plas longuement, dans le chapitre suivant, sor tes vitraux incolores, nous ne résisions pas au désir de donner ісі, en note, lu courte dissertation de М. l'abbé Texier sur ce vitrail :
« Nous avons dit plus haut que, à côté des vitraux en couleur, on en rencontrait d'autres еп verre Мапе, sur lesquels un trait noir dessinait des ornements courants, empruntés quelquefois au règne végétal, ct plus souvent encore aux caprices d'une riche imagination. Pour atteindre à un semblable résultat, l'emploi des moyens plus faciles, une simplicité plus grande, ont suli au verrier dont nous examinons l'œuvre : le vitrail dont nous partons appartenait à l'ublaye de Bon-Lieu (Creuse). L'église de cette abbaye, fondée par Giraud de Sales et Amétius de Comborn, en 1149, fut solennellement consacrée par Gérard, évêque de Limoges, en 1141. Nous reproduisons les élégantes eroix de conséeration peintes à fresque, à celle occa- sion, sur les murs, L'œil exercé de nos lecteurs y reconnaitra facilement le ріпсеза du xu” siècle, Inutile d'ajouter que l'église est antérieure aux peintures qui Із décorent.
» Répétons quelques observations qui fixent la date du vitrail qui nous occupe, ПІ appartient à l'époque romane, nous l'avons prouvé, — Par {са témoignages historiques : l'église dont il fuit partie est tout entivre, dans son architecture et sa décoration, de la première moitié du хи” siècle, — Par son exécution : le verre est inégal, gondolé ; les fouilles, de petites dimensions, sont épaisses, rugueuses ; la soude abonde dans leur composition ; elles ont été cassées au grésoir ; les plombs ont été favonnés au rabot, — Par état de consercation : tes deux surfaces du verre ont été dépolies , couvestes d'irisations par les agents atmosphé- riques; les mêmes causes les ont eriblées de trous nombreux, dont la profondeur atteint jusqu'a denx millimètres. — Par fe style : ces flours à cing lobes, qui s'épanouissent ca des cœurs enlacés et liés par des agrafes, se retrouvent sur mille monuments du aur siècle, notamment sur une peinture de 4457 et sur un chapiteau roman de la mème époque.
» Nous voiei done en possession du plus aneien vitrail de France, à dates précises; за possession fournit 3 » plusicurs observations intéressantes.
5 e L'église de Bon-Lieu, édilice en style roman, а un caractère grave et sombre ; les percées у sont rares
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HISTOIRE DE LA PEINTURE SUR VERRE. 9; С
П а existé en Belgique, comme еп France, еп Allemagne et en Angleterre, de trés-nombreus 44 | monuments de peinture sur verre; mais ces fragiles tableaux n'ont pu résister aux ravages et aux | dévastations des guerres. La Belgique divisée en un grand nombre de petits Etats, fut plus que tout |
anire pays, victime de ces luttes entre royaumes. On пе peut s'empêcher de regretter les vitraux | qui ornaient les fenétres des florissantes abbayes de Lobbes, de Stavelot, d'Orval, de Saint-Bavon et de tant d'autres. Que sont devenues les verrières des églises de Tournai, de Gand, de Tongres et de Liége? Un seul historien vient à notre secours, c'est celui du monastère de Saint-Hubert, qui
parle avec admiration des vitraux donnés par Adeladis, comitissa Areleunis à l'iglise d'Anslaro,
où Anly, vers 1060 (1). П nous apprend que les dessins peints sur eette verrière ne représentaient
que des griffons, autour desquels couraient des rinceaux et des entrelacs. | | XIV
En résumé, les vitraux des хле et хпе siècles se distinguent par Ja forme plein cintre; la petite dimension, l'irrégularité et les couleurs du verre ; les plombs coulés et rabotés, droits sur la face,
épais sur les flancs; les larges bordures au feuillage polylobé, aux perles et sux enroulements by-
zantins; les fonds résillés et en mosaique ; la décoration architectonique de l'époque romane; les midaillons cireulaires, losangés ou en quatrelobes, dessinés par l'ossature en fer de la fenêtre; tes | personnages lourds et trapus, les draperies aux plis raides et serrés et les costumes grees, Enfin l'art,
encore tout byzantin, ne prendra décidément que dans le siècle suivant le caractére national.
« et de dimensions petites. Ce vitrail, placé au centre de labside, celairait le muitre-nutel. Cette partie de + l'édifice appelait ane clôture lumineuse, dont Vornementation fat en harmonie avec la décoration du reste de l'édifice; enfin, la pauvreté de la communauté naissante preserivait une sévère économie : réunir Већа көпес, le peu d'élévation du prix, Із teinte lumineuse et douce, tel était le problème posé au verrier, Pour » le résoudre, da verre et du plomb іші ont sufi : du verre épais, grisitre, coupé par l'opaque dessin du » réseau métallique. Plus de lignes noires péniblement traeécs par le pinceau et fixées ou feu du moulle ; > l'économie, l'élégance, la simplicité se réunisssient done en cette fabrication. | » Ainsi l'étude d'un vitrail ancien, Із découverte d'un procédé d'ornementation simple et facile, tels sont j » Тея faits acquis par ecs recherches. Пу а done toujours à apprendre dons le moyen йде, et l'examen d'une + pourre église, perdue dans un désert, peat révéler des faits d'un intérêt général, » | Hist. de bx Peint. sur verre en Limousin, À vol, in-8*, 1847, р. 14.
41 Voir le Cantatoriam de Saint-Hubert, déja cité,
sy Ад 2 CHAPITRE 111. 4 ХИ" siècle,
Procédés matériels, — Geares nouveaux. — Grisailles, verriéres à grands sujets. — Style et caractère | du dessin, — Fragments inédits de l'église des 89. Michel ct Gudule à Bruxelles et de In cathédrale | de Tournai. — Vitraux de Chartres (songe de Constantin, les marchands ёо ев). — Costumes de | l'époque. — Symbolique chrétionse. — Exemple pris à Bourges. — Verriéres-rosaces, — Vitraux ia- colores, — Résumé dos caractères distinctifs du XIII? siécle. — Disposition générale. — Мошезс!а- ture des vitraux encore existants, — État de la peinture sur verro сз Belgique.
ans les procédés matériels aucune découverte n'est venue au secours du peintre verrier, ct cependant les verriéres diffèrent completement de celles des époques antérieures. Si elles ont encore avec celles-ci quelques points de ressem-
blanee par leurs formes générales, du moins les
détails sont entièrement nouveaux. Le progres est sensible,
La peinture ct fa sculpture, qui avancent du même pas, ont suivi l'élan de l'architecture,
Les architectes ont à cette époque, il faut te
dire ё leur gloire, marché les premiers dans la voie du progrés. Les conceptions architecturales sont grandes et dignes de la pensée religieuse qui animait les artistes. De tous côtés les basili- ques, abandonnant les formes incertaines du style roman, ont élevé leurs hautes voûtes ogivales ; | elles ont dressé dans l'air leurs svclles colonnettes , leurs pinacles à jour et leurs flèches élégantes qui semblent, а dit un auteur, autant d'échelles de Jacob destinées à porter les prières jusqu'au
! Ciel, Les architectes enfin, pour donner ё leur œuvre le cachet de spiritualité qui distingue le dogme
catholique, ont en quelque sorte immatérialisé la pierre.
La fenêtre, après quelques ltonnements, a subi une métamorphose complète; elle s'est allongée sans s'élargir, son couronnement en plein cintre est devenu aigu, et elle ressemble maintenant assez bien à un fer de lance : сезі ce qui а fait donner par quelques archéologues au style ogival
primaire la dénomination de lancéolé. L'architecte a groupé les ouvertures, deux par deux, et les
а couronnées de la rose ou oculus roman découpé en plusieurs lobes dans son intérieur,
5 ә
6) Cette lettre, ornée du lion de Saint-Mare, езі tirée d'un Passionate magnum, тып. de la Bibliot. de 4 Bourg., Nv 207. 5»
HISTOIRE DE LA PEINTURE SUR VERRE.
Bientôt les deux fenêtres lancéolées et la rose ont été enfermées dans une immense ogive pour faire un tout, dont les parties s'amincirent peu à peu jusqu'à ce que les grandes travées de pierre, qui formaient les divisions, devinssent de simples meneaux, de simples colonnettes, Cette marche est facile à suivre depuis les églises primitives de Tournai, jusqu'à la cathédrale de Bourges et la sainte chapelle de Paris.
L'oculus roman subit une des plus belles transformations possibles. Considérablement agrandi, enrichi de meneaux rayonnants, comme à Chartres, Reims , Paris, Rouen, Tournai (moderne), il nous présente désormais ces élégantes roses qui, jusqu'à la décadence de l'architecture gothique, vont toujours devenir de plus en plus compliquées (1).
La peinture а obèj à l'impulsion donnée par l'architecture, les formes ont perdu l'aspect de lourdeur que leur avait imprimé le genre byzantin, l'expression des traits est devenue pleine de grâce et de douceur angélique, les plis sont maintenant droits et réguliers; la manière de draper, peu savante encore, est belle surtout par sa simplicité, Les sujets empruntés à l'Ancien et au Nou- veau Testament sont habilement disposés; et la plupart du temps la pensée symbolique se traduit et se poursuit à travers les médaillons de la verrière avec un tel bonheur et une telle énergie que vous ne savez ce que vous devez le plus admirer ou de l'érudilion, ou du génie des artistes du moyen âge.
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Nous avons, dès ce moment, à signaler deux genres nouveaux. Sur les verrières apparaissent les grands personnages de quinze à vingt pieds de hauteur placés dans l'étage supérieur des fenêtres des nefs centrales; nous en donnons une reproduction planche б, Ce sont ensuite les verrières en grisaille, c'est-à-dire dont le dessin d'ornementation se détache sur un fond légèrement teinté еп gris, ou chargé de hachures se croisant à angle droit. Le dessin, appelé lacis ou entrelaes, est souvent rehaussé de brillantes couleurs, comme à Saint-Denis, à Bourges, à Chartres et dans quel- ques autres églises; ces grisailles remplacent, pour les fonds des verrières à grands sujets isolés, les anciens réseaux de couleurs, et elles ont l'avantage de donner plus de lumière, I